L’Occident comme déclin

(extraits)

Par Guillaume Faye

N.B. : ce texte date de 1985.

Phénix renaissant de ses cendres (enluminure du Bestiaire d'Aberdeen, XIIème siècle)

En apparence, l’erreur d’Oswald Spengler fut immense : il annonçait pour le XXème siècle le déclin de l’Occident, alors que nous assistons tout au contraire à l’assomption de la civilisation occidentale, à l’occidentalisation de la Terre, à la généralisation de cet « Occident » auto-instauré comme culture du genre humain, dont, suprême paradoxe, les nations néo-industrielles de l’Orient constitueront peut-être d’ici peu l’avant-garde. En apparence toujours, c’est au déclin de l’Europe que nous sommes conviés. Montée en puissance de l’Occident et perte de substance de l’Europe : les deux phénomènes sont sans doute liés, l’un entraînant l’autre. Tout se passe comme si, après avoir accouché de l’Occident, répandu aujourd’hui sur toute la planète, l’Europe épuisée entrait dans un nouvel âge sombre.

La thèse ici présentée sera simple : l’Occident n’est pas « en » déclin – il est au contraire en expansion – mais il est le déclin. Et il l’est depuis ses fondements, depuis son décollage idéologique au XVIIIème siècle. L’Europe, quant à elle, n’est qu’en décadence.

Déjà, parle l’étymologie : l’« Occident » est le lieu où le soleil se couche. Et, dans son essence, la civilisation occidentale, apparent mouvement ascendant, se confond en réalité avec une métaphysique du déclin, un dépérissement du principe solaire qui, superficiellement, semble la fonder. Ce déclin intrinsèque qui est la loi de l’Occident n’est pourtant pas facile à déceler tant il est empreint de paradoxes.

• Premier paradoxe : alors que l’idéologie occidentale entre dans son déclin – déclin des théories progressistes, révolutionnaires, démocratistes, etc. – la civilisation occidentale connaît, même sur le plan politique, une expansion irrésistible de ses régimes économiques et politiques, qu’ils soient socialistes ou capitalistes, au détriment des traditions locales de souveraineté et de culture.

• Deuxième paradoxe : alors que l’Europe semble entamer, hélas, en tant qu’ensemble continental, un dépérissement dans un nombre impressionnant de domaines, l’Occident qui constitue, pour Abellio comme pour Heidegger, le fils métaphysique et géopolitique de cette Europe, explose à l’échelle de la planète entière.

• Troisième paradoxe : alors qu’au sein même de notre culture, nous vivons l’implosion du sens, le déclin des grandes valeurs constituantes, l’effondrement des ressorts spirituels, nous assistons en même temps à la montée en puissance de la partie matérielle de notre culture, de sa « forme », c’est-à-dire de ses manifestations technologiques et scientifiques qui sont en passe de détenir le règne absolu de la Terre. La civilisation technique et économique qui, partie d’Europe et d’Amérique du Nord, gagne la planète entière, ne peut pas sérieusement être confondue avec un fait de « décadence ». Les historiens nous ont montré, par ex., que la fameuse « décadence de l’Empire Romain », trop souvent et à tort comparée avec notre situation, s’accompagnait d’une régression des « formes » de civilisation : techniques, institutions, villes, infrastructures, échanges, etc. Toujours de plus en plus de routes, d’usines, d’avions, d’écoles, d’hôpitaux, de livres, de pollution et d’êtres humains. Troisième paradoxe : plus la « structure » explose, moins ses assises idéologiques et morales semblent assurées. On assiste en parallèle à une explosion des formes de civilisation, et à une implosion des valeurs, des idéologies et surtout de tous les fondements moraux et spirituels qui confèrent un « sens » englobant aux sociétés.

• Quatrième paradoxe : si l’on se contente même de considérer le secteur de la pure économie, on observe une crise des mécanismes mondiaux de libre-échange commerciaux et monétaires, mais en même temps une irrésistible progression des technologies et de l’organisation commerciale et scientifique de l’humanité.

• Cinquième paradoxe : à l’heure où l’effondrement des taux de fécondité partout dans le monde (commencé en France au XVIIIème siècle et dans le Tiers-monde ces dernières années) n’a encore donné lieu à la dénatalité que dans les seuls pays industriels, la population mondiale, du fait d’une loi arithmétique simple à saisir, continue de croître à un rythme exponentiel [1].

Ces 5 paradoxes sont inquiétants.

Au lieu de vivre des déclins globaux et linéaires comme les autres civilisations qui nous ont précédés, nous subissons ce que l’on pourrait nommer un « déclin emboîté dans une expansion ». Comme si la civilisation occidentale était une machine devenue folle, son centre implose tandis que sa périphérie explose. L’Europe régresse, l’Occident se répand. Le sens disparaît, les formes croissent. Le « sang » s’évapore, mais les veines se ramifient en réseaux de plus en plus vides. De moins en moins de cerveau, mais de plus en plus de corps et de muscles. De moins en moins d’humanité, mais de plus en plus d’hommes. De moins en moins de cultures, mais de plus en plus de civilisation. Tout cela ressemble étrangement à une prolifération cancéreuse. Un cancer, en effet, c’est le déclin de la différenciation qualitative des cellules au profit du triomphe de la reproduction quantitative.

La logique profonde de l’Occident, à travers l’égalitarisme social, la conversion de toutes les cultures aux mêmes modèles politiques et économiques, à travers la rationalisation de l’existence que ne peuvent même pas éviter les régimes qui, dans leurs doctrines, la combattent, c’est depuis ses fondements la réduction de l’organique au mécanique.

Le suprême paradoxe de l’Occident, c’est que son assomption est, sous l’apparence de la croissance et de la juvénilité, une entropie, c’est-à-dire une homogénéisation croissante des formes de vie et de civilisation. Or, la seule forme véritable du déclin, comme nous l’enseignent l’astrophysique et la biologie, c’est précisément l’entropie : croissance cancéreuse des cellules indifférenciées ou, selon le deuxième principe de la thermodynamique, déperdition d’énergie par homogénéisation. De ce point de vue, l’essence de l’Occident, c’est le déclin, puisque sa raison d’être est l’uniformisation des formes-de-vie humaines. Et l’essence du « progrès », c’est l’entropie. La multiplication explosive des technologies vient masquer ce déclin à ses propres protagonistes, exactement comme, dans le processus tragique de rémission des cancéreux, la prolifération des cellules indifférenciées donne, pour quelque temps, l’illusion de la santé et de la croissance organique. L’Occident est un vieillard qui se prend pour un adolescent.

Mais, dans la mesure où cette civilisation occidentale entre dans son « troisième âge », connaît à la fois un triomphe de ses formes, de ses quantités, de son expansion statistique et géographique mais un épuisement de son sens, de son idéologie, de ses valeurs, on peut se demander si elle n’est pas au bord de la résolution de ce déclin qu’elle porte en elle. Hypothèse : ce serait toute la Terre alors qui entrerait dans le temps du déclin, puisque, pour la première fois, toute une civilisation l’unifie, une civilisation minée de l’intérieur. La civilisation occidentale ressemble aux arbres de Paris : ils continuent à pousser alors même qu’ils sont rongés.

On peut considérer que l’uniformisation de la Terre entière sous la loi d’une seule civilisation – politique, économique et culturelle – est un processus bio-cybernétique, puisqu’il s’agit, comme le montrèrent Lupasco et Nicolescu, d’une homogénéisation d’énergies. Pour l’instant cette entropie est « expansive » ; elle sera un jour, comme toute entropie dans sa phase n°2, implosive. Et n’allons pas croire, comme l’imagine Lévi-Strauss, que de « nouvelles différences » et de nouvelles hétérogénéités puissent surgir au sein d’une civilisation mondiale devenue occidentale [2]. Il ne s’agirait que de spécificités superficielles, des folklores ou des «variantes».

Et, dans la mesure où cette accession historique de l’humanité à une seule et même civilisation occidentale, démocratique, prospère, individualiste et égalitaire constitue le projet des idéologies du Progrès depuis plus d’un siècle, qu’elles soient socialistes ou libérales, ne doit-on pas se demander si l’idée même de Progrès ne serait pas la figure centrale du Déclin ? La matière et l’essence du Progrès, c’est l’accès de tous les hommes à la même condition et à la même morale sociale, réputée universelle. En ce sens, les doctrines progressistes, sécularisant les religions monothéistes de la vérité révélée, entament un processus de fin de l’Histoire, de fin des histoires de chaque peuple.

Nous entrevoyons cette fin de l’Histoire aujourd’hui : statu quo planétaire par la menace thermonucléaire, condominium soviéto-américain sur le monde qui gèle les indépendances nationales, « gestion » techno-économique et financière d’une économie mondiale qui uniformise les modes de production et de consommation, etc. On ne cesse de dire, après Alvin Toffler, que nous entrons dans la « troisième révolution industrielle » ; c’est vrai, mais ne perdons pas de vue néanmoins cet étonnant paradoxe : au fantastique bouleversement des formes socio-économiques correspond la glaciation des formes politiques et « historiques ». Nous vivons une « mutation immobile ». Tout vibre (technologies, rapports sociaux et économiques) mais rien ne « bouge » (géopolitique) ; ou plutôt rien ne bouge encore. Et, comme la conscience historique, les idées et les valeurs, elles aussi, congèlent.

Derrière son triomphe, la civilisation occidentale voit aujourd’hui son ressort brisé : ses mythes fondateurs et ses idéologies dépérissent et se sclérosent. Le progressisme, l’égalitarisme, le scientisme, le socialisme ont désenchanté leurs partisans et ne mobilisent plus les énergies. Les modèles politiques d’une civilisation quantitative, tout entière fondée sur l’économie, ont produit à l’Est le totalitarisme tyrannique, à l’Ouest le totalitarisme doux et despotique de la société de consommation prévu par Tocqueville, et dans le Tiers-monde, l’ethnocide et le paupérisme de masse, ce dernier masqué par la triste mystique du « développement ».

Devenues anti-révolutionnaires, les idéologies occidentales, à l’image de cette civilisation néo-primitive qu’elles représentent, convergent aujourd’hui dans un social-libéralisme tiède, cynique, sans projet, gestionnaire, inessentiel, rassemblé autour de la vulgate académique des « Droits de l’Homme », dont Claude Polin a bien montré l’inanité et l’inefficacité [3]. Privée de toute transcendance, organisée dans son principe autour du rejet de toute référence au spirituel, la civilisation occidentale est l’organisation technico-rationnelle de l’athéisme. Or, mutilée de ses dieux, quels qu’ils soient, une culture humaine se condamne à terme, même si par ailleurs brille l’éclat de Mammon, même si l’accumulation technologique, la progression nominale des revenus ou les « progrès de la justice sociale » donnent l’illusion de la vitalité.

Mais cette ascension de l’économie et de la technique, au nom de quoi la prendre pour une amélioration ? Il est facile de démontrer, par ex., que les processus mentaux de la société de consommation, même du point de vue de l’intelligence gnoso-praxique et technicienne, ne sont pas nécessairement plus élaborés que ceux des sociétés traditionnelles. La société technicienne voit, concrètement, décliner l’incorporation de « spirituel » (Evola) ou d’« être » (Heidegger), et même peut-être aussi d’intelligence dans ses formes de vie [4]. Et, paradoxalement, puisque le monde, contrairement aux vues chrétiennes n’est pas dualiste mais associe dans une apparente contradiction ce qu’il y a de plus immatériel et ce qu’il y a de plus biologique dans la même unité organique et vitaliste, il n’est pas étonnant qu’au déclin spirituel corresponde aussi le déclin de l’esprit de lignage, le déclin démographique. Conscience biologique et conscience spirituelle sont liées.

La séparation opérée par le dualisme chrétien entre Dieu et le monde a profondément marqué la civilisation occidentale, rompant avec l’unité du transcendant et de l’immanent de la tradition hellénique. Pénétrant l’inconscient collectif et les formes de civilisation, ce dualisme a progressivement donné lieu à un désenchantement et à une désacralisation du monde, à une civilisation schizophrène : d’où les séparations mutilantes entre l’État-Père-et-Juge et la société, entre la Loi et le peuple, entre les rationalités du libéralisme et du socialisme et l’élan vital « aveugle » (mais donc clairvoyant parce qu’« obscur ») des civilisations, entre l’individu érigé en monade et ses communautés, entre la légitimité apparente de l’Occident, c’est-à-dire cette « démocratie » dont tous (tyrans compris) se réclament sans en percevoir le sens, et les aspirations réelles des populations, entre la Technique figure dominante du temps, et l’idéologie.

Ces deux derniers points méritent des précisions. Le divorce entre la Technique, aujourd’hui prosaïque et désenchantée et l’idéologie fut souvent mal compris, notamment par Spengler et Jünger. Ce n’est pas, selon nous, la Technique qui constitue la cause du matérialisme, de l’uniformisme et de la déspiritualisation de l’Occident ; mais c’est l’idéologie occidentale elle-même qui a fait de cette Technique le moteur de sa logique mortifère. La Technique est désenchantée et non désenchantement dans son essence. La raison en est ce divorce entre l’essence de la Technique qui est, comme le vit Heidegger, poétique, lyrique, faustienne, donc spirituelle et « artistique », et les idéologies dominantes en Occident qui n’assignent à cette Technique que le prosaïsme mécanique de la domestication par le bien-être et la finalisent comme « technologie du bonheur individuel ». Si la fusée Ariane ne fait pas rêver alors qu’elle le devrait, qu’elle devrait représenter pour notre imaginaire la « transfiguration des dieux », c’est parce que sa finalité est la retransmission des émissions de télévision, c’est-à-dire l’expression du « banal » le plus plat.

Et lorsque Gilbert Durand en appelle à la renaissance des ombres de l’imaginaire, seules capables peut-être d’affronter le désenchantement de la techno-société de consommation, ce n’est pas dans la consommation du passé, dans les musées, dans les études, dans les nostalgies, dans les mythes mis en fiches informatiques qu’elles pourront être retrouvées. C’est paradoxalement dans la contemplation brute des ordinateurs eux-mêmes, dans les fusées et les centrales, bref dans une Technique qui porte en elle le plus grand potentiel de rêve que l’humanité ait pu trouver et qui est aujourd’hui neutralisée, déconnectée, par des idéologies et des modèles sociaux tout entiers dominés par la petitesse domestique et la froide logique comptable des bureaucraties.

La deuxième conséquence grave du dualisme occidental porte sur le divorce entre le régime politique officiel (la fameuse « démocratie ») et la manière dont ce régime est concrètement ressenti, est socialement vécu par les prétendus « citoyens ». Nous ne pouvons ici qu’énumérer sans les développer les effets de ce divorce : non-représentativité radicale de la classe politique, toute-puissance des féodalités minoritaires (corporations syndicales, médias, réseaux bancaires, corps technocratiques), simulacre de participation électorale des citoyens au pouvoir par le caractère inessentiel des enjeux des scrutins, volonté constante des partis politiques de détourner à leur profit l’opinion réelle du peuple, etc. Plus que jamais, l’opposition entre pays réel et pays légal demeure la règle.

Fondé sur la souveraineté du peuple, l’Occident l’établit moins encore que les sociétés traditionnelles tant décriées comme tyranniques. Dans cette affaire, le plus grave n’est pas l’absence de « démocratie » (mieux vaudrait à tout prendre un pouvoir qui reconnaisse officiellement l’impossibilité de la démocratie et qui fonde la souveraineté sur – par ex. – une autocratie sacralisée) mais la schizophrénie endémique, le mensonge permanent d’un système de pouvoir qui, à l’Est comme en Occident, tire sa légitimité d’un principe (le Peuple souverain) qui non seulement n’est pas appliqué, mais dont la principale préoccupation des classes dirigeantes est d’en interdire l’application.

En effet, que craignent et que combattent le plus les partis, les syndicats, les grands corps, les médias progressistes (et en URSS le PCUS) sinon la démocratie directe, sinon le césarisme référendaire où l’avis brutal du peuple s’exprime sans ambages ? Et pourquoi redoutent-ils tant ce peuple ? Parce qu’ils savent bien que dans ses profondeurs l’humanisme, l’égalitarisme éclairé, le cosmopolitisme déraciné n’ont pas de prise. Ils savent qu’au sein du peuple « ignorant », livré à lui-même sans l’encadrement des « élites » syndicales, partitocratiques et journalistiques, vivent toujours des valeurs et des aspirations qui ne correspondent pas à ce que les scribes, les technocrates, les politiciens et les prêtres attendent.

Ceux-là, qui tiennent la position d’« élites européennes » mais qui n’en ont pas la carrure, en proie au vide intellectuel et idéologique, se rallient comme à une bouée de sauvetage à la vulgate occidentale. La « droite » et la « gauche » politique font converger leurs discours appauvris dans le même atlantisme socio-libéral. Avec impudence, la gauche française, après l’échec prévisible de son « socialisme », accomplit les funérailles discrètes de celui-ci et se nomme porte-parole du capitalisme et de l’individualisme, abandonnant définitivement tout discours révolutionnaire. Ainsi naît, sur le plan idéologique comme sur le terrain politicien, une « gauche-droite », nouveau parti unique des démocraties occidentales, qui communie dans l’atlantisme, la défense de l’Occident (thème jadis des crypto-fascistes), le reaganisme, la philosophie sommaire des Droits de l’Homme et le conservatisme.

Cette « gauche-droite » idéologique et politique ne se caractérise pas seulement par son occidentalisme mais par sa dérive anti-européenne masquée par un anti-soviétisme primaire et un discours apparemment pro-européen. Il s’agit de nier toute spécificité et toute indépendance à l’Europe en la désignant comme simple zone (et comme bouclier) de l’Occident atlantique [5].

Or il se trouve que, pour la première fois sans doute dans son histoire, l’Europe n’a plus les intérêts de l’Occident (culturels, géopolitiques et économiques) et qu’un découplage de l’Europe et de l’Occident américanomorphe est devenu nécessaire. C’est précisément parce qu’elle participe exclusivement de la civilisation occidentale – qui fut jadis européenne mais qui ne l’est plus – que l’Europe est entrée en décadence.

Les figures de la décadence européenne sont connues. Rappelons-les pour mémoire : cette civilisation qui est toujours virtuellement la plus dense et la plus puissante de la Terre, gît, comme Gulliver enchaîné, démembrée par le condominium soviéto-américain. Privée d’indépendance politique, futur champ clos d’un affrontement entre les deux Super-Gros, l’Europe vit avec la perspective de son génocide nucléaire. Le « jour d’après » ne concerne pas, en réalité, nos deux protecteurs. Victime d’une guerre économique qui la désindustrialise, en proie au centre à la colonisation et à l’occupation et, à l’ouest, à la déculturation et à l’exploitation, l’Europe est également en chute démographique. Dans tous les domaines, après avoir explosé, l’Europe, comme un trou noir, implose. Elle entre, comme après la chute de Rome, dans un nouvel âge sombre.

Mais la décadence européenne est moins grave et n’apparaît pas de même nature que le « déclin explosif » qui porte l’Occident. Ce dernier, répétons-le, est le déclin ; il porte en lui le dépérissement de toutes choses. Le déclin d’un organisme est sans rémission, parce qu’il touche ses fondements et son principe. L’Occident a un principe, abstrait, c’est l’idéologie (américanisme ou soviétisme, tous deux sécularisations du christianisme). Or l’Europe n’est pas un principe, mais un peuple, une civilisation, une histoire, de nature vivante et organique et non pas mécanique. En ce sens l’Europe n’est qu’en décadence. Elle traverse un âge sombre dont elle peut se remettre. Elle est malade et peut se guérir par auto-métamorphose, alors que l’Occident est inguérissable parce qu’il ne peut pas se métamorphoser, parce qu’il obéit à une logique linéaire, ignorant tout polymorphisme.

Comme le formule l’historien Robert Steuckers, l’Occident américain est l’alliance de l’Ingénieur et du Prédicateur ; l’Occident soviétique est l’alliance de l’Ingénieur et de l’Idéologue. Or l’Idéologue et le Prédicateur perdent, en ce moment même, leur légitimité, leur mystique, leur enchantement. Le travail de l’Ingénieur, qui n’était fondé que sur la corde raide de leurs discours et qui continue, pour un temps encore, par effet inertiel, son processus, est condamné à terme parce qu’il n’est plus alimenté. L’Europe, en revanche, est l’alliance de l’Ingénieur et de l’Historien. Le discours de ce dernier, irrationnel, fondé sur les profondeurs de l’imaginaire, peut sans doute entrer en crise comme aujourd’hui, mais il est inépuisable parce qu’il peut se régénérer selon le principe dionysiaque de perpétuelle efflorescence.

L’Europe n’est que provisoirement liée au discours occidental. Ses « principes de vie » sont multiples : un peuple ne doit pas son existence, à l’inverse de l’Occident américain ou soviétique, à un mécanisme idéologique, à une légitimité « politique » qu’il faut sans cesse justifier, ou, pire encore, à la logique quantitative de l’économie. Pour survivre, un vrai peuple – cas de l’Europe et de nombreuses civilisations du « Tiers-monde » – n’a rien « à prouver ». L’Occident, lui, doit sans cesse « prouver » ; or, c’est précisément ce qu’il ne peut plus faire…

La décadence de l’Europe est liée aux effets de la civilisation occidentale, qu’il s’agisse de l’américanisme et du soviétisme. Mais, paradoxalement, le déclin déjà commencé de cette civilisation, même si dans un premier temps paraît être la cause de la décadence européenne, sera, dans un second mouvement, la condition d’une régénération de la culture européenne.

La condition d’une renaissance européenne doit être trouvée dans une auto-métamorphose comme notre histoire en connut plusieurs : abandon des idéologies occidentales et naissance de nouveaux fondements que nous ne connaissons pas encore, qui ne peuvent être qu’irrationnels et spirituels, et qui, eux aussi, n’auront qu’un temps.

Mais la civilisation normalisée, ayant transformé en morale prosaïque et réglementaire ses propres principes spirituels fondateurs, ne laisse plus d’espace à la création de valeurs mobilisatrices. Le narcissisme devient la destinée d’individus qui s’isolent dans le présentisme face à une société devenue autonome, dont les normes n’ont d’autres fins qu’elles-mêmes. Dans ces conditions, peut-on considérer comme un « retour du sens », comme une réponse spontanée de la société aux structures normalisatrices, les multiples manifestations contemporaines qui, dans leurs « explosions », font apparemment échec à la transparence rationnelle des discours et à la froideur des mécanismes techno-économiques ?

Les phénomènes récents de libéralisation des mœurs, l’inventivité des groupes qui viennent en « décalage » où la sociologie pense découvrir de nouveaux types de rapports humains, le mouvement diffus de réenracinement culturel qui semble annoncer un réveil des cultures populaires contre la culture marchande de masse, etc., tout cela augure-t-il un renouveau d’un « paganisme social » contre la normalisation des États-Providence ? Ou bien n’assistons-nous pas à la naissance de « soupapes de sécurité », comme des porosités dans le corps de la norme par où s’échapperaient, en quantités programmées, des énergies virtuellement dangereuses qui se verraient récupérées et neutralisées, transformées en « distractions », reproduites comme « loisirs » ? Il est difficile de répondre.

Cependant on ne peut s’empêcher de noter que notre époque voit coexister deux phénomènes inverses, l’un de renforcement des normes techno-économiques, l’autre de libération des morales privées. L’hétéronomie sociale répond à l’autonomisation des règles non-économiques d’existence. Ce parallélisme, qui n’est pas forcément un hasard, nous incite à considérer très attentivement la fonction des mouvements de libération et d’innovation des mœurs, sans cependant négliger les espoirs qu’ils peuvent aussi susciter. Quoiqu’il en soit, pour répondre à ce désir de normalité, devenue normalisation effective, où nous enferme l’idéologie occidentale, je suis enclin à fonder plus d’espoir sur les peuples que sur les sociétés, ces peuples que mettent en branle non pas des « vibrations » de mœurs mais des mouvements de l’Histoire. Or l’Europe, avant d’être une société, n’est-elle pas d’abord un peuple ?

Paradoxalement, la chance de l’Europe réside peut-être dans sa vieillesse qui peut se transformer en jeunesse : l’Europe touchée la première par la civilisation occidentale, réagira peut-être la première contre elle. En ce cas, la décadence serait un facteur d’anti-déclin, et la sénescence, un facteur d’expérience et de rajeunissement : revenus de tout, désenchantés, les néo-européens des jeunes générations qui, dans leur « docte ignorance », ne veulent même plus savoir ce que politique, démocratie, égalité, Droits de l’Homme, développement, etc. signifient, qui ne croient plus dans le prométhéisme vulgaire des mystiques socialistes ou capitalistes, reviennent, du fait de cette apparente dépolitisation, aux choses essentielles : « nous ne voulons pas mourir, avec notre peuple, écrasés par une guerre atomique en Europe dont les enjeux ne sont pas les nôtres ; nous ne voulons pas nous « engager » auprès d’une droite ou d’une gauche, d’un occidentalisme ou d’un soviétisme qui ne sont que les visages faussement antagonistes du même totalitarisme ». Ce discours est fréquent dans la jeunesse. Tant mieux ; c’est celui de l’« Anarque » d’Ernst Jünger. C’est un discours révolutionnaire et engagé sous des apparences de désengagement et d’incivisme. C’est l’attitude des neutralistes allemands qui n’expriment nullement une démission, mais une prodigieuse énergie, l’éternelle ruse du peuple qui sait qu’on peut se relever d’un « régime politique » mais pas d’un holocauste.

La renaissance arborescente, rusée ou inconsciente, des vitalités populaires de toutes natures contre l’ordre froid des planificateurs ou des libéraux, des centralisateurs ou des décentralisateurs, des politiciens, des « humanistes », des prêtres, des professeurs, des socialismes, des libéralismes, des fascismes – et même des « anarchismes »… – contre les règlements, les réseaux, les programmes et les circuits, contre l’égalité et l’inégalité, la justice et la tyrannie, la liberté et l’oppression, la démocratie et le despotisme, la société permissive ou le totalitarisme, bref contre tous ces faux contraires, ces fausses fenêtres des idéologies occidentales dont le dessein commun est, comme jadis Moïse, d’imposer leur Loi contre la vie et le réel, cette renaissance donc, constitue aujourd’hui, notamment dans les jeunes générations, la principale force de l’anti-déclin. En dehors des États et des institutions officielles des pays occidentaux qui sont devenus aujourd’hui des forces de dépérissement, il faut parler d’une résistance populaire. Résistance aux décadences, au social-étatisme, aux plats pré-cuisinés des angélismes humanitaires et des croyances progressistes, résistance de la sagesse dionysienne face à la folie prométhéenne des niveleurs, résistance multiforme dont l’indifférence croissante envers la politique n’est qu’un aspect.

Ce vitalisme social n’est pas un désengagement, mais un engagement. Dans un monde où tout ce qui se veut légitime et institué en appelle au narcissisme de masse, au travail aliéné, au présentisme, au machinisme, au déracinement, de nouvelles énergies apparaissent spontanément et, malgré les pressions des pouvoirs et des pédagogies, osent « faire de la musique sans solfège ».

Fils de la décadence, les néo-européens, nouveaux barbares, ne connaissent même plus la vulgate du moralisme humanitaire occidental. C’est là l’effet pervers – et de notre point de vue positif – du déclin de l’éducation culturelle en Europe : sous prétexte d’égalité et d’universalisme, l’idéologie dominante a négligé l’enseignement de la culture élitaire. Mais elle a jeté le bébé avec l’eau du bain. Les jeunes générations se retrouvent peut-être déculturées, privées de mémoire, ce qui était le but recherché par les professeurs de déracinement, mais également – ce qui est sans doute un événement considérable – libérées de la scholastique et des tabous des idéologies mortifères de l’Occident. Les grands concepts sacrés (Égalité, Démocratie, Politique, Liberté, Économie, Développement, etc.), responsables du déclin, flottent désormais comme des corps morts dans le panthéon mental des jeunes générations.

De deux choses l’une alors : ou bien cette fin radicale de la « culture classique » (à laquelle appartiennent malgré tout toutes les catégories politiques actuelles et toute la mystique égalitaire de l’Occident) ne donnera lieu qu’au vide et à l’immersion dans le néo-primitivisme, ou bien elle laissera surgir le fond assaini du psychisme européen, le fond issu de notre « instinct grec ». Au diagnostic apparemment pessimiste de « fin de l’histoire » qui semble toucher les Européens, on peut objecter sans doute qu’à l’étage du quotidien, de l’intensité de la vie des sociétés, les « histoires » continuent de dérouler leurs stratégies et qu’il ne faut pas jouer les Cassandre. Mais, privées de la dimension « historiale » (et non pas « politique » puisque « politique », « individualisme » et « fin de l’histoire » vont ensemble) de leur existence, démunies de perspective souveraine, les sociétés européennes pourraient-elles mêmes encore connaître dans leurs dynamiques privées et quotidiennes, dans l’énergie secrète du peuple, « des » histoires, des aventures, des pulsions créatrices ?

Nul ne peut répondre. Deux repères positifs, deux puissants facteurs de régénération peuvent néanmoins être définis au sein même de la décadence. Premier repère : le foisonnement dionysiaque de nouveaux comportements sociaux parallèles, sécessionnistes, sensuels, liés à une renaissance contemporaine de l’esthétique européenne, qui biaisent les institutions, les savoirs institués, les réseaux technocratiques, et que la sociologie de Maffesoli met en lumière, constituent à la fois le signe que la moralité réglementée, que le bourgeoisisme technomorphe de la civilisation occidentale (c’est-à-dire du déclin) butent sur l’inertie du peuple, mais aussi qu’on assiste à un regain de l’imaginaire, de l’irrationnel, de forces quotidiennes inconscientes de leur puissance. Ces forces sont celles qui donnent aux nations de grands artistes, de grands entrepreneurs. Comme la graine pendant l’hiver, nous devons coûte que coûte espérer que germent les énergies de la société civile. Demain, elles peuvent être fécondées par une souveraineté à venir, si le Destin qui ne reste jamais longtemps muet le décide.

Deuxième repère. À ce facteur de régénération intérieure, vient s’ajouter un motif possible de régénération extérieure. Il s’agit paradoxalement du grand « risque » de voir la civilisation progressiste et mondiale de l’Occident sombrer dans la crise géante. Le déclin latent deviendrait, au sens de Thom, catastrophe. En effet, à la période actuelle d’auto-résolution des crises par une fuite technologique en avant, à la macro-stabilité du système occidental, peut fort bien succéder une déstabilisation assez brutale. Nous nous dirigeons de fait vers une fin de siècle où vont converger des évolutions dont le parallélisme est pour l’instant facteur de « croissance » (cancéreuse) mais dont la rencontre, et la fusion, risquent d’être la cause d’un déséquilibre géant et planétaire. Ces « lignes évolutives » sont : les déséquilibres économiques croissants provoqués par le « développement » néo-colonial du Tiers-Monde, les effets cumulés du gel géostratégique (statu quo) imposé par les superpuissances combiné avec la sophistication et la densification des armements hyperdestructifs, la continuation de la déchéance de la démocratie à l’Ouest comme à l’Est, l’écart démographique Nord-Sud qui se creuse, l’écart population-ressources dans les pays pauvres, la montée des forces d’auto-affirmation nationales et religieuses dans le Tiers-monde parallèle au renforcement d’une technostructure mondiale, etc.

Notre temps est dominé par la menace d’un « point de rupture » qui se profile à l’horizon de la fin du XXème siècle, où l’humanité pléthorique se heurtera à des défis convergents à la fois alimentaires, écologiques, géopolitiques, etc. Or, aucune société traditionnelle ne peut les résoudre. Le retour à un modèle « holiste » et anti-technique de civilisation est impossible. Sommes-nous condamnés à la normalité occidentale ? L’ambiguïté de la modernité se reconnaît à ce qu’elle s’instaure comme seul remède des maux qu’elle a suscités. Pourtant, et pour ne donner que l’exemple de l’économie, il serait intéressant de prêter l’oreille à des nouvelles doctrines qui tentent de résoudre cette contradiction ; elles nous semblent bien plus originales que l’imposture intellectuelle du retour d’Adam Smith sous le visage publicitaire des « nouveaux économistes ».

Ces nouvelles doctrines auxquelles je fais allusion, défendues en France par François Perroux, André Grjebine, François Partant, etc., préconisent l’abandon, non pas de l’industrie et de la technologie, mais de la norme universelle d’un marché et d’un système d’échange et de production planétaires. Elles se prononcent pour la construction progressive de zones « autocentrées », où les unités culturelles, politiques, économiques et géopolitiques se recouvriraient, où le productivisme marchand, le contenu des « besoins » humains, et la place de l’économique dans la société seraient repensés de fond en comble. Il s’agit, en quelque sorte, de penser une modernité qui ne soit plus mondialement normative.

Brutale ou progressive, la vraie crise est devant nous. Ou bien elle débouche sur le déclin définitif, le baiser des mégatonnes, le grand soleil nucléaire qui peut fort bien illuminer la fin de ce siècle du feu de l’holocauste des vertébrés supérieurs, ou bien, en-dehors de cette perspective à la fois terrifiante et très esthétique, la civilisation occidentale, butant sur cette « convergence des évolutions », ne pourra plus physiquement continuer à fonctionner. Faute de l’avoir envisagé sereinement, nous serions alors contraints d’organiser, au bord du tombeau, l’autarcie économique, la post-démocratie, bref de nouveaux principes politiques de vie en société. Ces principes ne seraient certainement plus ceux du progressisme occidental. Chaque région du monde improviserait sa solution…

Alors, pour éviter une telle improvisation, il appartient peut-être aux intellectuels éclairés, ceux qui aujourd’hui échappent aux grandes dogmatiques ridées de l’humanisme, du libéralisme, du socialisme, etc., de réfléchir à ces nouveaux principes, à des valeurs post-modernes capables de prendre le relais de cette longue procession d’illusions qui se confondent aujourd’hui avec le déclin et qui forment encore, hélas, le corps de cette vulgate occidentale qui tient lieu de savoir aux élites européennes.

———————

Notes :

[1] Cf. sur ce point, Alain Girard, L’homme et le nombre des hommes, PUF, 1984.

[2] Claude Lévi-Strauss, Paroles données, Calmann-Lévy, 1984.

[3] Claude Polin, L’esprit totalitaire, Sirey, 1977.

[4] Julius Evola, Les hommes au milieu des ruines, Trédaniel, 1984 [réédition : Pardès, 2005].

[5] Cf. à ce propos, Laurent Joffrin, La gauche en voie de disparition, Seuil, 1984.

Vouloir

Commentaires (72)

  1. @Hariwald

    Je goûte beaucoup votre humour. Moi aussi je suis un fan de Star Wars (qui, en passant, développe aussi une spiritualité Jedi).

    Mais le nihilisme a des rapports très étroit avec l’athéisme. Le nihilisme est une philosophie de l’absurde, qui dit que l’être ne vient de rien (nihil) et ne mène à rien. L’athéisme ne dit pas autre chose, en affirmant l’absence de liens de transcendance entre l’homme et le cosmos.

    Par ailleurs, j’ai été en contact prolongé avec Michel Onfray, l’athée de service en france, et il est tout bonnement IN-CA-PABLE de construire un semblant d’humanisme athée. Tout juste constate-t-il qu’en activant telle ou telle fonction bio-chimiques, le cerveau libère de l’endorphine, et que la conscience traduit ce phénomène par une impression de bien-être. Pour lui, le bonheur se résume à cela. C’est sa vision matérialiste, scientiste, de l’hédonisme antique (qui pour le coups, Boreas vous le dira mieux que moi, n’avait rien d’athée).

  2. @perigourdin

    http://www.amazon.fr/gp/product/2851975250/ref=pd_lpo_k2_dp_sr_1?pf_rd_p=471061593&pf_rd_s=lpo-top-stripe&pf_rd_t=201&pf_rd_i=2851975013&pf_rd_m=A1X6FK5RDHNB96&pf_rd_r=1HE3X4A3EN5TK29053WV

    http://www.stratisc.org/act/act_JPCharney.htm

    Un pavé de 600 page qui pourrait remettre en cause les certitudes de certain sur l’islam,
    La démographie pensé dès les origines comme une arme, le chaos comme instrument de conquête
    etc …

    Est-il possible que les méchants athées matérialistes obtus et nihilistes comprennent particulièrement bien certains ressorts de l’islam ?

  3. @ Hariwald :

    Athée, j’apprécie vos propos, et encore plus les échanges courtois avec Boréas, CJ et qq autres. Vivre notre parcelle d’éternité unique et exceptionnelle, qu’elle aventure!

  4. Hariwald
    Mercredi 16 juin 2010 à 21:37

    Donc, vous avez “éclairci [ma] position et [connaissez] par avance [mes] arguments”, qui ne sont que des “poncifs éculés”, et par conséquent vous “décrochez”.

    En effet, discuter “serait désormais une perte de temps” et “le post risque de partir en vrille”.

    Tout ça, sur quel fondement ?

    Celui d’un bouquin que je n’ai certes pas lu, dont vous n’entendez pas me dévoiler le commencement du début de la teneur, alors pourtant qu’il vous sert d’argument d’autorité, et dont je viens juste de me faire une petite idée :

    http://fr.wikipedia.org/wiki/Impostures_intellectuelles

    Bigre, heureusement que vous êtes “tolérant”, plus que les monothéistes “positifs” (l’athéisme étant un monothéisme “négatif” – il n’y a pas de dieu, au lieu de : il y a un dieu), qui cessent la conversation dès qu’on conteste leur prétention à l’unique vérité ! Leurs imparables arguments étant manifestement trop purs pour être souillés par la contradition…

    Si vous étiez intolérant, qu’est-ce que ce serait ? :-)

    Pour tout vous dire, je ne vois pas en quoi le bouquin dont vous vantez les mérites répondrait à mes arguments puisque, pour ma part, contrairement aux intellectuels, généralement athées et de gauche, critiqués par cet ouvrage selon Wikipédia, je n’utilise, au soutien de mes propos, aucun concept tiré des sciences prétendues “dures”.

    A moins que la notion de perception n’ait elle aussi été, à mon insu, comme mon ADN, brevetée entre-temps par quelque labo à l’incontestable infaillibilité “scientifique”…

    Si, au lieu de prétendre m’imposer, sous peine de “[lâcheté] intellectuelle”, la lecture de votre traité de debunking que vous vous refusez à résumer ou citer, et de vous abstenir de toute argumentation issue de votre propre expérience, vous daigniez m’expliquer un peu ce que vous pensez avoir compris, qui vous permette d’affirmer que ce que je dis n’est que fadaises dûment explosées par la Déesse Raison, sous l’auguste supervision de l’ineffable Dieu Microscope, je serais ravi de le lire.

    Nous sommes d’accord sur pas mal d’autres sujets traités par ce site ; je vois mal pourquoi vous prenez la mouche sur celui-ci. Le seul fait que je ne partage pas votre opinion ne devrait pas vous faire réagir de cette façon (ne vous y trompez pas : je ne vous fais pas la morale, je vous dis juste mon étonnement devant votre réaction).

    En fait, je pense que vous vous méprenez sur mes intentions.

    Notamment, quand je lis comment vous interprétez ce que je dis ici :

    ” Matérialisme et nihilisme sont indissolublement liés : ces deux idéologies strictement modernes convergent, en effet, dans l’horreur de la mort, dans la conviction que celle-ci est l’ultima ratio de toute chose ; si bien qu’il ne reste qu’à jouir de l’existence, ce qui manque cruellement de sens et autorise toutes les dérives morales, mais qui, surtout, est somme toute assez confortable. ”

    Vous me répondez :

    ” Par pitié ne me faites pas le coup de l’athée forcément amorale et pourquoi pas partouzeur compulsif … ”

    D’abord, je ne pensais pas à des partouzes (qu’avez-vous donc dans la tête ? :lol: ) et ensuite, loin de moi l’intention de prétendre qu’au plan moral, les matérialistes et les nihilistes sont forcément de moeurs condamnables…

    Autre exemple : vous mentionnez Stephen Jay Gould, dont je n’ai pourtant franchement rien à faire, juste parce que le lien que je vous ai donné le cite, parmi bien d’autres ; mais vous n’évoquez pas le reste.

    En ce qui me concerne, je pensais plutôt à la théorie de la bipédie initiale, par exemple, ainsi qu’au fait que (sans tomber dans le créationnisme, rassurez-vous) la théorie de l’évolution elle-même, comme les autres, n’est qu’une théorie…

    Et si ce que je sais de l’athéisme, du matérialisme et du nihilisme me font penser que ce sont des erreurs, je ne dis pas qu’en y adhérant, vous seriez un “méchant” (voir vos posts ultérieurs) ou un imbécile… SVP, au lieu de me dire tout le temps de ne pas me vexer, vous, ne vous vexez pas !

    Vous êtes peut-être de formation “scientifique” ? Pas moi.

    Je ne peux faire autrement que de mettre des guillemets à cet adjectif, dans la mesure où ma propre expérience ne me porte pas à la confiance envers les prétendues “sciences” modernes.

    Si vous estimez qu’une expérience de “non-scientifique” ne vaut rien par rapport aux théories et “preuves” des “scientifiques”, libre à vous de “décrocher” de la discussion.

    Ce n’est pas, pour ma part, ma façon de faire quand j’ai affaire à un interlocuteur intelligent.

    Vous pouvez évidemment considérer que je n’appartiens pas à cette catégorie ; cela me serait strictement égal.

    Cordialement.

  5. @Christopher Johnson

    A mon humble avis ( non, je plaisante !) l’humanisme athée est à renvoyer au musée.
    Les bases de l’humanisme classique sont en anéantie. Nous sommes à la veille de révolution comparable a celle de Copernic et de Darwin en leurs temps mais le grand public n’en sait encore rien.

    La convergence entre les nanosciences, les biotechnologies, les sciences cognitives et les TIC estompera les limites entre le naturel et l’artificiel, le mécanique et le vivant.
    Vous avez relevez l’expression “machine à croire” je faisais référence aux recherche en science cognitives pas à une démarche spirituelle.

    Pas mal votre vidéo, mais à 3,02 j’ai cru reconnaitre Boreaz.Vous confirmer ?
    Le monde en flamme à la toute fin c’est bien le sien, n’est-ce pas ?

  6. La convergence entre les nanosciences, les biotechnologies, les sciences cognitives et les TIC estompera les limites entre le naturel et l’artificiel, le mécanique et le vivant.

    Vous êtes donc un transhumaniste, rejeton d’Attali et autres savants fous qui s’amusent avec l’espèce humaine. Encore une fois, je vous démasque ! (Mais combien de masques portez-vous ?)

    Je n’insulterai pas votre intelligence en expliquant pourquoi ce courant de pensée est évidemment, une nouvelle expression du nihilisme matérialiste.

    Pourquoi suis-je contre ? Parce que je pense que l’homme ne devient pas meilleurs par le nombre de prothèses technologiques qu’il porte. Parce que je pense, à la suite du professeur Lejeune, que si la science et la technique sont cumulative, la sagesse ne l’est pas. La ruée vers le tout technologique, vers la cybernétisation de l’humanité, vers la mécanisation des processus cognitifs, n’apportera pas un Bien commun. Au contraire.

    Il y aura seulement l’élargissement de la fracture technologique, l’isolation exponentielle des individus dans leurs univers virtuels personnalisés, et en même temps toujours davantage de déresponsibilisation, alors qu’ils deviendront de plus en plus dépendants des multinationales et des corporations. Intéressez-vous un peu à la science-fiction, et regardez déjà les conséquences néfastes de la technique sur la sphère du vivant, nous y compris.

    Libre à vous d’appeler ça le progrès. Moi j’appelle ça l’enfer.

  7. @Christopher Johnson
    J’exposai une évolution, mais en fait je ne suis pas loin de partager votre inquiétude.

  8. Boreas, CJ, Hariwald, engageons-nous dans “l’infanterie aéromobile” avant que les aracnides ne nous bouffent !

  9. La convergence entre les nanosciences, les biotechnologies, les sciences cognitives et les TIC estompera les limites entre le naturel et l’artificiel, le mécanique et le vivant.

    De toute façon, ça ne marchera pas.

    Ou si ça marche, ça tuera prématurément, soit les humanoïdes “bioniques” qui seront “améliorés” par ces dingueries, soit toute humanité en eux, ou les deux à la fois.

    Les apprentis sorciers de la technologie sont les pires des destructeurs.

    Et tiens, pour citer Nietzsche :

    ” Acquérir la puissance, cela se paie cher. La puissance abêtit… ”

    (Le Crépuscule des idoles)

  10. Pour vous pas d’inquiétude a avoir avant plusieurs décennies, mais les interrogations métaphysiques sont déjà la et elles sont passionnantes, par exemple la notion d’ego est vraiment mise à mal par les neurosciences.

    La conscience est ravalé au rang de récit narrative illusoire et encore je vous épargne les versions les plus hardcore comme les processus de compétition darwinienne de vos pensées consciente.

    Donc Nietzsche c’est sympathique mais très daté. La volonté de puissance quand la notion même de sujet s’évapore …
    Nous ne sommes que des programmes imparfaits tournant sur des machines de chair…produit d’une sélection impitoyable, aveugle et sans aucun sens.
    Seul un Sith peut affronter ça et en rire.

    « The Sith will rule the galaxy! And… we shall have peace. »

    J’espérais vous avoir faire rire avec mon 3,02 sur la vidéo de CJ. Mais ça semble raté.

    Au fait Faye a raison mais vous ne le comprenez pas car votre démarche est égotiste (comme tout bon judeo-chrétien même si vous vous en croyez affranchi) vous ne retenez que les religions à mystère, celle du méprisable salut personnel, Faye parle des divinités poliades, de la religion civique, du collective.

  11. La notion d’égo ne pourra jamais être autant “mise à mal” par les neurosciences, que par un travail sur soi simple et cependant difficile, en tout cas moins gratifiant que la conception de machines inutiles…

    Mais il me semble que vous confondez tout le fatras New Age du “développement personnel”, avec la voie de l’Unité telle qu’on la trouve dans l’Advaïta Védanta, notamment.

    ” Nous ne sommes que des programmes imparfaits tournant sur des machines de chair…produit d’une sélection impitoyable, aveugle et sans aucun sens. “

    En fait, c’est l’orgueil d’un égo surdéveloppé qui peut rire de cela, s’il y croit ; comme le peut aussi, mais de bon coeur compte tenu de ce que manifeste cette phrase, un adepte de la non-dualité.

    Je viens d’essayer de voir votre vidéo, si cela peut vous rassurer sur mon humour (qui ne doit pas être au diapason, je le reconnais : je trouve StarWars grotesque et infantile, typiquement hollywoodien ; j’en suis resté à l’Illiade et au Cycle Arthurien…), mais le faible débit internet dont je dispose au fond de ma campagne, autant que ma relative méconnaissance de la référence culturelle dont il s’agit, ne m’ont pas permis de partager votre hilarité ni son sens.

    Donc, si vous n’éclairez pas ma lanterne sur ce sujet manifestement capital :-) , je resterai dans l’ignorance (je ne suis pas sûr d’en souffrir, mais enfin…).

    Il est vrai que la science moderne rejoint une certaine conception métaphysique du monde, mais seulement “de l’extérieur”.

    Ces conceptions restent, chez les scientifiques, même ceux qui ne sont pas athées, justement à cause de leur impossibilité, face à la fantastique complexité de la création et à sa perfection que leurs travaux leurs permettent de réaliser (mais est-il indispensable d’être un scientifique pour cela ?), de croire “au hasard et à la nécessité”, généralement limitées à ce qu’elles sont : des théories, des concepts, des expériences et des artefacts par l’intermédiaire de machines, des produits de l’intellect.

    Je ne dis pas que c’est bien ou mal, je ne juge pas vraiment, contrairement aux apparences auxquelles contraignent le langage et ses multiples niveaux d’expression et de compréhension ; je constate le fait et c’est tout. A mon avis, le monde est parfait, et je n’ai pas besoin d’une gratification ou d’un dieu personnel pour éprouver ce sentiment.

    Concernant “les religions à mystère”, si, comme vous semblez le dire, vous supposez que les trois monothéismes en sont, c’est un contresens.

    Les Ecoles de Mystères, tout le contraire de l’égotisme et du “salut personnel”, parfaitement en harmonie avec la Cité antique fondée sur la tripartition sociale et l’élitisme, et dont Eleusis est l’exemple le plus connu, mais on pourrait citer Isis, Mithra, etc.) sont l’apanage du “paganisme”, comme en témoignent Platon, Pythagore, Porphyre, Plotin, Jamblique et bien d’autres.

    Les monastères et couvents chrétiens ne peuvent leur être comparés, malgré le respect qu’on peut avoir pour l’oeuvre d’un Guénon ou d’un Charbonneau-Lassay, par exemple.

    Une explication simple et logique à cela : le Christianisme est une religion populaire, plébéienne, égalitaire, “collective” justement. Elle affirme que le divin est inconnaissable et exige de ses fidèles qu’ils s’agenouillent, voire se prosternent.

    On est loin du “Connais-toi toi-même et tu connaîtras l’univers et les dieux”, inscrit au fronton de tous les temples grecs.

    Inutile, je pense, d’évoquer les persécutions chrétiennes contre les païens. Il est vrai que la “Révélation” s’oppose aux Mystères. Le mot mystère (“mysterion” en Grec) vient du verbe grec “myein”, signifiant “fermer”, par référence au fait de fermer les lèvres et les yeux. Tout le contraire du prosélytisme chrétien.

    Bien sûr, les mystiques chrétiens, Jean XXII, le Curé d’Ars, etc., sont la preuve de ce qu’une “auto-initiation sauvage” a existé dans l’histoire du Christianisme, mais non seulement les “Saints” en question ont plus souvent eu des ennuis qu’autre chose parce qu’ils heurtaient la hiérarchie catholique par des idées peu en rapport avec la doctrine chrétienne officielle, mais encore et surtout, ces personnes n’ont bénéficié d’aucune réelle organisation ni transmission, par aucune structure.

    C’est un phénomène marginal, qui peut d’ailleurs exister, de tout temps (voir, aujourd’hui, un Stephen Jourdain par exemple), dans tous les pays et tous les milieux ; alors que dans l’Antiquité, et aujourd’hui encore en Orient (comme en Occident, sous des formes différentes), les “voies traditionnelles” existent bel et bien, au grand jour ou discrètes (je ne parle pas de la franc-maçonnerie, où on peut parfois trouver des gens intéressants, mais qui n’est pas une école de mystères, quelle que soit l’obédience, sauf peut-être pour certains hauts grades dits “égyptiens”).

    Une illustration “basique” facilement accessible en Occident :

    http://www.tradition-tchan.com/

    Une autre, plus “européenne” pour ceux qui souhaitent rester dans ce formalisme :

    http://membres.multimania.fr/dea/Hermes/CTH.htm

    Mais Faye ne connaît rien à tout ça, sinon il ne serait évidemment pas devenu ce qu’il est devenu. Bref.

  12. @ Hariwald : Faye était (est) un surdoué intégral. Dommage que son “carburant” lui grille les neurones. J’en suis le premier navré… c’est sa vie, sa parcelle d’éternité, il ne sera pas le premier, ni le dernier penseur d’envergure, à s’auto-détruire, même s’il peut encore nous surprendre !

  13. @Boreas
    il me semble que vous confondez tout le fatras New Age du « développement personnel »

    Pas vraiment, si c’est que vous avez compris il y a un problème.
    je sais que vous vous êtes glorifié de votre absence de culture scientifique mais quand même …
    Ceci est une piste de recherche pour vous (même si très probablement vous n’en ferait rien) pas une tentative d’intimidation.

    http://fr.wikipedia.org/wiki/Daniel_Dennett

    http://www.amazon.com/Illusion-Conscious-Will-Bradford-Books/dp/0262232227

    http://www.amazon.com/Breakdown-Will-George-Ainslie/dp/0521596947

    http://fr.wikipedia.org/wiki/Antonio_Damasio

    Pourquoi l’introspection n’est pas une voie d’accès pour explorer le mental.
    http://fr.wikipedia.org/wiki/Psychologie_cognitive

    à cause de leur impossibilité, face à la fantastique complexité de la création et à sa perfection que leurs travaux leurs permettent de réaliser (mais est-il indispensable d’être un scientifique pour cela ?), de croire « au hasard et à la nécessité », généralement limitées à ce qu’elles sont : des théories, des concepts, des expériences et des artefacts par l’intermédiaire de machines, des produits de l’intellect.

    Libre à vous de croire cela mais c’est totalement faux:
    http://www.amazon.com/Blind-Watchmaker-Evidence-Evolution-Universe/dp/0393315703/ref=sr_1_1?ie=UTF8&s=books&qid=1276887503&sr=1-1

    Le caractère égotiste des religion a mystère confirmé :
    http://fr.wikipedia.org/wiki/Myst%C3%A8res_d%27%C3%89leusis

    « mystères d’Éleusis:Tous les initiés préservaient les secrets de la religion et croyaient fermement qu’ils connaîtraient eux aussi une vie après la mort à cause de leur initiation à ces mystères. »

    Nous sommes probablement pas de la même génération, la vidéo n’est qu’un clin d’œil.Vous pouvez laisser tomber.

    Il y avait beaucoup d’auto-dérision dans mes posts, peut être que ça n’était assez clair, désolé de vous avoir fait perdre votre temps.

    @ Le HURON
    –Mode Geek réactivé–

    Salut jeune Padawan !

  14. @ Boreaz
    J’allais oublier, pour la non dualité vous avez raison. Voir Damasio.
    J’avais quelque chose d’autre en tête en écrivant ça.

  15. @Boreas

    Oula ! Vous vous démasquez vous aussi. Je n’irai pas juger de la pertinence des liens que vous proposez, mais me contenterai de corriger votre révisionisme historico-théologique.

    Inutile, je pense, d’évoquer les persécutions chrétiennes contre les païens. Il est vrai que la « Révélation » s’oppose aux Mystères. Le mot mystère ( »mysterion » en Grec) vient du verbe grec « myein », signifiant « fermer », par référence au fait de fermer les lèvres et les yeux. Tout le contraire du prosélytisme chrétien.

    Bien sûr, les mystiques chrétiens, Jean XXII, le Curé d’Ars, etc., sont la preuve de ce qu’une « auto-initiation sauvage » a existé dans l’histoire du Christianisme, mais non seulement les « Saints » en question ont plus souvent eu des ennuis qu’autre chose parce qu’ils heurtaient la hiérarchie catholique par des idées peu en rapport avec la doctrine chrétienne officielle, mais encore et surtout, ces personnes n’ont bénéficié d’aucune réelle organisation ni transmission, par aucune structure.

    Parler de “persécutions chrétiennes” est un contre sens. Les persécutions, en elles-mêmes, n’ont rien de chrétiennes. Ne jamais oublier que, dans une culture religieuse (qu’on ne connait plus depuis 200 ans), les atrocités et crimes commis ne le sont pas nécessairement à cause de la religion, quand bien même ils sont fait en son nom. Un exemple parmi d’autres : les bouddhistes tibétains qui se révoltes violemment contre les Chinois, ou encore les hindous qui ont exilé les musulmans.

    Ensuite, dire que la Révélation s’oppose au mystère est une aberration monumentale. Le mystère du tombeau vide est le creuset du christianisme, son noyau, son coeur.

    Quand à la hiérarchie catholique, elle connaît les aléas de toutes institutions humaines. Mais celui qui vit en son sein apprend à l’aimer, comme à endurer les peines. Lire “Le journal d’un curé de campagne”, de George Bernanos, peut-être le meilleur roman Français.

    Enfin, le christianisme est un progrès par rapport à l’animisme, dans la figure du Christ ressucité. Pour vous faire comprendre l’étendue de ce progrès, qui touche aujourd’hui le monde entier, je ne peux que vous enjoindre de lire l’excellent ouvrage “Le bouc émissaire” de René Girard. Cet essai est une référence mondiale de l’anthropologie… sauf en France évidemment.

  16. @Christopher Johnson
    @Boreaz

    Si vous en avez le temps j’aimerai avoir votre avis sur cette thèse:

    “l’histoire de Jésus n’est pas la biographie d’un Messie historique, mais un mythe fondé sur des légendes païennes immémoriales.
    Le christianisme n’est pas une révélation nouvelle et unique, mais, en fait, une adaptation juive des anciens Mystères païens.
    Les divers mythes relatifs aux différents hommes-dieux des Mystères présentent, selon le grand mythologue Joseph Campbell, ce qu’il appelle « la même anatomie ». Tout comme chaque être humain est physiquement unique, il est néanmoins possible de parler d’une anatomie générale du corps humain ; de même est-il possible de percevoir à la fois les particularités et les ressemblances des mythes.

    Au coeur des Mystères, il y avait ce mythe d’un homme-dieu mourant et ressuscitant connu sous différents noms. En Egypte, c’était Osiris, en Grèce Dionysos, en Asie Mineure Attis, en Syrie Adonis, en Italie Bacchus, en Perse Mithra. Tous, fondamentalement, personnifiaient la même entité mythique. Comme depuis le IIIe siècle avant notre ère, nous employons ici le nom composé Osiris-Dionysos quand nous le désignons par sa nature universelle composite, et ses noms particuliers quand nous faisons référence à tel ou tel Mystère.

    Episode après épisode, nous découvrions la possibilité de reconstituer la prétendue biographie de Jésus à partir d’éléments mythiques appartenant antérieurement à l’histoire d’Osiris-Dionysos.

    • Osiris-Dionysos est Dieu fait chair, le sauveur et le « Fils de Dieu »
    • Son père est Dieu et sa mère une vierge mortelle.
    • Il est né dans une grotte ou une humble étable le 25 décembre devant trois bergers.
    • Il donne à ses fidèles l’opportunité de renaître au moyen du baptême.
    • Il tourne miraculeusement l’eau en vin à une cérémonie de mariage
    • Il entre triomphalement dans une ville, monté sur un âne, tandis que le peuple agite des feuilles de palme pour l’honorer.
    • Il meurt à Pâques en sacrifice pour les péchés du monde.
    • Après sa mort, il descend aux enfers puis le troisième jour il ressuscite des morts et monte au ciel plein de gloire.
    • Ses fidèles attendent son retour en tant que juge au Jugement dernier.
    • Sa mort et sa résurrection sont célébrées au cours d’un repas rituel par du pain et du vin, symboles de son corps et de son sang.

    Chose surprenante pour nous maintenant : les écrivains des tous premiers siècles de notre ère considéraient ces similitudes comme parfaitement évidentes. Les critiques païens du christianisme comme le satiriste Celsus déplorait que le christianisme, cette nouvelle et récente religion, n’était rien de plus qu’un pâle reflet des antiques enseignements. Les premiers « Pères de l’Eglise » comme Justin le martyr, Tertullien et Irénée en furent évidemment troublés et proclamèrent désespérément que ces ressemblances étaient le résultat d’une « imitation diabolique ». Se servant d’un des plus absurdes arguments jamais avancés, ils accusèrent le diable de « plagiat par anticipation », ou de copie trompeuse anticipée pour induire les croyants en erreur !

    La description de la vie de Jésus présente toutes les caractéristiques d’un mythe. Se pourrait-il qu’elle le soit vraiment ? Après tout, personne ne prend à la lettre les histoires fantasques des évangiles gnostiques nouvellement découverts, ils sont de suite pris pour des mythes.
    C’est uniquement la familiarité et les préjugés culturels qui nous empêchent de considérer le Nouveau Testament de la même façon. Si ces évangiles avaient été perdus pendant des siècles et exhumés récemment, qui, à la première lecture, croirait qu’il s’agit de l’histoire réelle d’un homme né d’une vierge, capable de marcher sur les eaux et ressuscité des morts ?

    Pourquoi prendre pour des fables l’histoire d’Osiris, Dionysos, Adonis, Attis, Mithra et autres sauveurs des Mystères païens et, tombant sur un texte rapportant la même histoire dans un contexte juif, croire qu’il s’agit de la biographie exacte d’un menuisier de Bethléem ?
    Jésus était un dieu païen et que le christianisme était une hérésie païenne ! Cela paraissait scandaleux. Et pourtant cette théorie explique toutes les similitudes entre Osiris-Dionysos et Jésus Christ de façon simple et élégante. C’est le même mythe.
    La thèse des Mystères de Jésus répond à beaucoup de questions embarrassantes tout en posant de nouveaux dilemmes.

    Il est facile de croire que quelque chose est vrai quand tout le monde y croit. Mais les choses ne viennent souvent en lumière que par la remise en question de ce qui ne pose aucune question, par le doute de notions auxquelles tout le monde adhère parce qu’on pense qu’elles vont de soi. La Thèse des Mystères de Jésus résulte d’une telle ouverture d’esprit.”

  17. Hariwald

    N’en jetez plus, j’avais compris ! :D

    Le problème avec votre matérialisme, c’est que vous postulez dès le départ que la réalité matérielle telle que vous la percevez, est la seule, qu’elle régit et définit tout, qu’elle est une référence indépassable.

    Où voyez-vous que je me “glorifierais de [mon] absence de culture scientifique” ?!

    Je n’en suis pas particulièrement fier, au contraire ; mais il se trouve que cela ne m’intéresse pas particulièrement.

    Voyez-vous, mon postulat de départ, contrairement au vôtre, est que la “réalité” telle que nous avons été conditionnés à y croire n’est probablement qu’un rêve et, notamment, que nos moyens de perception ne sont donc que des moyens rêvés.

    Je pense souvent à Confucius qui, en se réveillant un jour sous un arbre après avoir rêvé, ne savait plus s’il était Confucius ayant rêvé qu’il était un papillon, ou un papillon rêvant qu’il était Confucius…

    Dans un rêve, vous ne pouvez avoir une démarche scientifique matérialiste telle que la vôtre.

    Vous rêvez la solidité des objets du rêve, les cinq sens pour les percevoir et jusqu’aux machines pour les mesurer ; mais il ne s’agit pas moins d’un rêve.

    La réalité nécessite donc un éveil, comme en témoignent toutes les traditions (sauf les monothéismes, pour qui la vérité est “révélée” – c’est-à-dire, en fait, “recouverte d’un voile”…).

    Alors, peut-être que c’est une histoire que je me raconte pour telle ou telle raison digne du café du commerce de la psychologie élémentaire… Vous n’avez aucun moyen de le savoir et pour ma part, je ne suis pas prosélyte.

    Ne vous inquiétez pas pour votre “auto-dérision”, que j’avais bien perçue.

    Vous êtes sans doute dans la vingtaine (moi, dans la quarantaine) ; et alors ? Je n’accorde aucune importance à ce genre de choses, sachant le peu de maturité de nombre de barbons, et je ne suis pas près d’utiliser cela dans une discussion, comme un argument d’autorité par exemple.

    Je vois bien que vous êtes intelligent et le fait que nous ne soyons pas du même avis n’a aucune importance pour moi.

    En ce qui concerne le Christianisme et sa naissance, je me permets, pour m’épargner de fastidieuses redites, de vous renvoyer à un fil de l’été dernier sur Fdesouche, où j’avais exposé mon point de vue à un Catholique peu enthousiaste :

    http://www.fdesouche.com/55359-nick-griffin-sur-liran-une-guerre-dagression-illegale/comment-page-14#comment-575454

    (la discussion se poursuit jusqu’à la fin du fil)

  18. Christopher Johnson

    ” Vous vous démasquez vous aussi (…) votre révisionisme historico-théologique. ”

    Je vous demande pardon si j’ai éventuellement blessé vos sentiments religieux, mais je ne me “démasque” en aucune façon.

    Je me suis déjà exprimé ailleurs sur ce sujet et n’ai rien à cacher.

    Et en ce qui concerne l’Histoire, honte à vous d’utiliser un mot aussi connoté que “révisionnisme” pour défendre votre point de vue…

    Il est de fait que le Christianisme a persécuté les “païens” :

    http://fr.metapedia.org/wiki/Cr%C3%A9puscule_des_Dieux

    http://www.decitre.fr/livres/La-Persecution-des-Paiens-dans-l-Empire-Romain-et-l-Europe-du-Moyen-Age.aspx/9782748022667

    C’est du passé et le passé est mort.

    Quant au sens du mot “mystère” chez les Chrétiens, par rapport aux “païens”, il est clairement différent.

    Chez les premiers, il renvoie à l’inconnaissable et à la dévotion ; chez les seconds, il incite à une recherche, à un travail.

    Libre à vous de considérer que votre religion est “un progrès”, etc. Je ne porte aucun jugement là-dessus et suis favorable à une liberté de conscience que certains Catholiques me denient…

  19. @Boreas

    Je ne crois pas que le sens du mot “mystère” soit plus intellectuel chez les chrétiens que chez les païens. Certe, il doit être appréhendé par la raison. Mais dans sa dimension insaisissable.

    Je ne veut pas vous priver de votre liberté de conscience. Nous avons chacun notre chemin à parcourir.

  20. ” Certe, il doit être appréhendé par la raison. Mais dans sa dimension insaisissable. ”

    Belle contradiction.

    S’il est insaisissable, il ne peut être appréhendé par la raison.

    Vous parlez d’un concept, j’évoque des faits concrets (dont il est toutefois impossible de parler utilement, dans la mesure où ils échappent à la raison et sont intransmissibles par des moyens ordinaires).

    Auriez-vous, vous qui vous déclarez chrétien, oublié le don de la Grâce ?

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