Grèce : les 3 mensonges des médias et des experts (1)

«Les Grecs vivent au dessus de leurs moyens.» «L’économie allemande est plus vertueuse.» «L’Euro nous protège de la crise.» Ces trois affirmations font partie du mantra néolibéral répété en boucle par les économistes invités sur les plateaux. L’économiste Jacques Sapir démolit consciencieusement ces pétitions de principe.

La Grèce serait l’homme malade de la zone Euro

Les récents événements en Grèce et dans la zone Euro ont donné lieu à beaucoup de commentaires, au sein desquels on peut constater que certains mythes ont la vie (très) dure. Sans prétendre leur faire la peau définitivement, il convient de rappeler ici certains faits, par sympathie pour les travailleurs grecs mais aussi par amour de la vérité.

La presse allemande, et même française, a usé de termes, en réalité, bien plus injurieux. On se souvient des « cueilleurs d’olives » et même de l’exécrable calembour (la « mauvaise Grèce ») par lequel un quotidien français s’est déshonoré. Il convient de rétablir ici les faits.

Un pays se juge à sa productivité du travail. Mais, cette dernière dépend aussi des activités qui dominent dans ce pays. Ainsi, les services non financiers ont-ils une productivité plutôt basse, tandis que l’industrie a une productivité qui, toutes choses étant égales par ailleurs, est plus élevée. Les services financiers aujourd’hui sont l’activité dont la productivité est la plus forte, sans d’ailleurs que cela ne préjuge de leur contribution réelle à la richesse du pays ou de leur utilité. La Grèce est plutôt une économie de services (le tourisme et les services associés), avec aussi un secteur agricole qui – pour des raisons géographiques – est plutôt intensif en travail qu’en capital. Or la productivité de la Grèce, en dépit de tous ces facteurs, est loin d’être ridicule (graphique 1).

Source : J-F. Jamet, « Productivité, temps de travail et taux d’emploi dans l’Union européenne », Fondation Robert Schuman, Questions d’Europe n°45.

On peut constater sur ce graphique que la productivité de la Grèce (calculée en parité de pouvoir d’achat) est supérieure à celle du Portugal et de tous les pays « nouveaux entrants » de l’Union Européenne (qui n’ont pas la réputation, pourtant, d’être peuplés de fainéants). En fait, la Grèce à une productivité égale à 85% de la productivité allemande, ce qui n’est pas mal pour des « cueilleurs d’olives »…

Maintenant, si l’on compare les rythmes des gains de productivité sur 10 ans (1995-2005), on peut faire une autre constatation (Graphique 2).

Graphique 2

Taux de croissance moyen de la productivité par personne occupée

Source : J-F. Jamet, « Productivité, temps de travail et taux d’emploi dans l’Union européenne », Fondation Robert Schuman, Questions d’Europe n°45.

Avec une moyenne de 2,4%, la Grèce a un taux de croissance de la productivité du travail sensiblement égal au double de l’Allemagne (1,2%). Elle est aussi nettement au-dessus de la moyenne de la zone Euro et de l’UE-25. En fait, et compte tenu de la structure de l’économie grecque, les travailleurs ont consenti des sacrifices importants.

La Grèce a incontestablement des problèmes, mais ils n’ont rien à voir avec le travail des Grecs. On peut rapidement, sans prétendre à l’exhaustivité, évoquer :


  1. Une évasion fiscale des hauts revenus, largement rendue possible par la libéralisation financière dans la zone Euro. On constate d’ailleurs aujourd’hui une baisse des comptes bancaires en Grèce, au profit des banques de Chypre…

  2. La surévaluation de l’Euro a des effets dramatiques sur la Grèce, qui se voit concurrencée dans les activités touristiques par des pays comme la Turquie, la Tunisie ou encore la Jordanie, et qui perd une partie des revenus qu’elle tirait de l’affrètement de la flotte de commerce (revenus en dollars…).

  3. La politique allemande au sein de la zone Euro a d’ailleurs aggravé cette situation dans le domaine commercial. La balance courante de la Grèce (le déficit commercial) s’est brutalement aggravée depuis 2005 et a atteint, en 2007, 14% du PIB.

Qu’il y ait eu des scandaleux abus de la part du précédent gouvernement est indéniable. Que ces abus trouvent aussi leurs échos dans les pratiques des autorités locales avec une corruption et un népotisme endémiques, est aussi indéniable. Mais, ces abus n’expliquent pas tout et de plus, ils ne concernent pas l’immense majorité des Grecs à qui l’on va demander des sacrifices.

La solution la meilleure pour la Grèce serait de pouvoir dévaluer (ce qu’elle ne peut faire bien entendu tant qu’elle reste dans la zone Euro) et de faire défaut sur une partie de sa dette dont les intérêts représenteront 93 milliards d’Euros d’ici fin 2012. Si l’on additionne les intérêts à payer, la dette à faire rouler (ou dette de court terme arrivant à échéance et qu’il faut renouveler faute de pouvoir la rembourser) et la nouvelle dette qu’il faudra de toute manière placer, on arrive à un total de près de 150 milliards d’Euros qui seront nécessaires (au minimum) d’ici fin 2012.

En fait, cette estimation ne tient pas compte de la contraction du PIB que le plan d’ajustement qui est actuellement proposé à la Grèce va provoquer. Or, toute contraction du PIB provoque une contraction des recettes fiscales…

Le déficit est ainsi amené à se perpétuer, engendrant un nouveau plan d’ajustement, qui lui-même provoquera une nouvelle baisse du PIB, et des recettes fiscales. C’est une situation absolument intenable pour un pays de la taille de la Grèce, et ce d’autant plus que l’estimation de 150 milliards correspond à des hypothèses de recettes publiques qui ne sont pas réalistes. Un chiffre compris entre 180 et 200 milliards apparaît comme beaucoup plus probable.

Dans ces conditions, l’aide promise le dimanche 2 mai (et qui est de l’ordre de 110 milliards d’Euros sur 3 ans) serait certainement bien plus efficace si elle venait après une sortie de la zone Euro et une dévaluation, sous la forme d’une annulation de certaines créances ou de leur rachat. Ainsi, la Grèce pourrait retrouver rapidement le chemin de la croissance.

Il faut ici se souvenir du défaut russe de 1998. C’est bien de ce défaut que date le redémarrage de l’économie russe. Les prix du pétrole n’ont joué aucun rôle jusqu’en 2001/2002.

Une dévaluation et un défaut ne sont donc pas la fin du monde et peuvent, au contraire, être l’occasion d’un nouveau départ (cf. Sapir, J. “The Russian Economy : From Rebound to Rebuilding”, in Post-Soviet Affairs, vol. 17, n°1, [janvier-mars 2001], pp. 1-22).

Marianne2

Commentaires (30)

  1. Arguments intéressants mais je ne comprends pas cette logique qui voudrait dédouaner les Grecs.

    Je me permets juste de rappeler que :

    - le départ à la retraite se fait à 53 ans (sic)
    - les fonctionnaires touchent un 13eme et un 14eme mois de salaire (si quelqu’un peut me donner une justification de cette situation, je suis preneur).
    - la fonction publique est pléthorique
    - le déficit publique est de 14% du PIB !!
    - les ménages sont surrendettés

    Donc oui, l’Euro joue un rôle néfaste, mais ce sont les Grecs qui ont voulu y adhérer, sachant que l’euro avait historiquement vocation à être une monnaie forte. Et oui, les marchés financiers ont spéculé sur la dette grecque, mais n’oublions pas que la Grèce a du mal à rembourser des dettes contractées il y a plusieurs années déjà. Ce sont ces dettes qui lui pètent à la figure aujourd’hui. Les financiers ne font que sanctionner cet état de fait.

  2. La fourmi allemande a profité des cigales européennes du sud. Comment ? En transférant une partie des charges sociales pénalisant les entreprises sur l’impôt (TVA). Prime à l’export + déprime à l’import (par la baisse de la demande intérieure) et hop, le tour est joué.
    Bon la question est: pourquoi les autres n’en ont pas fait autant ?

  3. Tout à fait d’accord avec mk !
    La Grèce vivait dans une bulle soviétique de fonctionnariat pléthorique et gavé d’avantages indécents, pendant que le reste de la population ramait pour joindre les deux bouts : un copain pharmacien a eu très peur quand l’état a cessé pendant 3 mois de lui rembourser les médicaments qu’il fournissait à ses clients (60.000 € de trou dans la caisse !!).
    Quand aux “cueilleurs d’olives”, je suggère à ce fin commentateur aux mains manucurées de venir faire une récolte d’olives, il nous reparlera des feignasses grecques après :lol:

  4. Peut-on se fier aux chiffres de la productivité grecque ?

    S’ils sont aussi fiables que les chiffres produits par la Grèce sur ses finances publiques, il y a de quoi se poser des questions…

    Le problème de fond se résume ainsi : La Grèce n’avait ni la vocation ni les moyens d’entrer dans la zone euro. On aurait dû exiger d’elle qu’elle fasse ses preuves avant.

  5. La Grèce 12 000 000 d’H environ .

    Si on rapporte cet élément à la dette ,et au revenu moyen ,nou nous demandons comment la Grèce va rembourser et nous rembourser.

    Les déclarations de nos hommes politiques montrent qu’eux ne se posent pas la question .Elle est déjà résolue .

  6. Pour ce qui est des « cueilleurs d’olives », évoquera t-il les “bouffeurs de couscous” pour parler de nos amis de l’autre côté de la méditérannée…?

  7. Merci aux commetateurs. J’avais un espoir pour la grèce en lisant ce billet, mais là, non, plus.

  8. Je ne pense pas que les Grecs soient plus feignants que les autres mais ce genre de discours permet de ne pas poser les questions.
    Il est impossible de trouver un article sur les revenus de l’état grec. Quel est le taux d’imposition des sociétés, des particuliers. Combien apporte l’impot sur le revenu, qui paye quoi.
    Je pense que nos gouvernants (en France , Allemagne, …) ont peur que le citoyen lamda découvre que les grecs ne payent pas d’impots ou des montants qui n’ont rien à voir avec les notres at que cela fasse tache d’huile.
    Après tout, les français vont peut etre rentrer dans les magasins et dire je paye cash mais sans la TVA. Tout le monde est content (20% en moins sur le prix et diminution de l’IS pour le commercant).
    La Tva rapporte 100 milliards en France

  9. Les Grecs sont plutôt de gros bosseurs.

    La plupart font souvent 2 métiers.

    L’euro les a flingués.

    Car leur production est essentiellement agro alimentaire et ils ont peu d’industries lourdes.

    Ils sont donc en concurrence avec des pays méditerranéens qui eux, n’ont pas l’euro, et qui ont donc des prix plus bas.

    Avant on trouvait des produits agricoles grecs dans toute l’Allemagne; plus maintenant, car à cause de l’euro ils sont trop chers.

    En fait la seule utilité de l’euro pour les Grecs a été d’importer moins cher, ce qui s’est avéré catastrophique car leur balance commerciale était déjà très déficitaire, les exportations ont donc encore diminué par rapport aux importations qui ont explosé.

    Sans parler des délocalisations, depuis le nord de la Grèce jusqu’en Bulgarie ou en Rép de Macédoine, juste queleques kilomètres au nord des anciennes usines grecques!

  10. Les grecs ont decidé de ci, les grecs ont decidé de cela…Voila les mêmes posteurs qui trouvent que l’UE n’est pas une democratie et qu’en France ont nous ne demande pas notre avis, cela même pense que les grecs eux decident de leurs sorts !.

    Franchement dans 1 an, aprés avoir fait l’Espagne et le Portugal on viendra vous expliquer que nous les français nous sommes privilegiés…
    Reflechissons un peu plus loin. Ils ont un 13eme et 14 eme mois. Oui et alors ?. Ca coute moins chere d’augmenter une personne par des primes. @MK demandez à n’importe quel DRH privé ou public.

    Avant tout les gvts europeens veullent sauver les banques; le peuple grec ils s’en foutent mais peut être ils ont raison vu les reaction ici.

    C’est l’hyperclasse qui se gave pas les grecs.

    Par exemple un prof de polytechnique en Grece 2700 €/ mois en fin de carriere même sur 14 mois c’est pas énorme en France c’est plus. Reduction à 2100 sur 12 mois !

  11. Sans parler du budget militaire très important nécessaire pour calmer les ardeurs turques.

  12. “En fait, la Grèce à une productivité égale à 85% de la productivité allemande, ce qui n’est pas mal pour des « cueilleurs d’olives »…

    Il n’a aucune raison pour que les chiffres fournis par la Grèce en la matière soit plus juste que celui fourni pour le PIB et l’endettement… Les statisticiens ont dû “tricher” de façon logique…..
    Quand l’appareil statistique ment, il n’y a plus d’analyse possible…

  13. à mk
    Mardi 4 mai 2010 à 09:48

    La retraite à 53 ans c’est pour certain fonctionnaires seulement

    Dans le privé les Grecs se crèvent avec des retraites minables

    Quant au 13e et 14e mois ca correspond le plus souvent à ce qu’en France on appelle l’indemnité de congés payés

  14. Peut-on raisonnablement imputer à l’Euro la banqueroute de l’Etat grec?
    A la base, l’Euro etait sensé proteger les nations europeennes de la speculation faite sur leurs monnaies. On a tous connu la dévaluation de la livre sterling et du franc dans les annees 80.L’Euro a sans doute rempli sa mission de bouclier anti-speculatif.
    Mais il semble que les speculateurs( dont le metier est de rechercher les points fort ou faibles d’un indice) aient détourné ce rempart en s’attaquant à la dette souveraine des états. Cette derniere reste nationale puisque ce sont les etats qui empruntent.
    De fait, l’Euro a donc bien joué son role mais on ne peut pas lui imputer la crise grecque car c’est un autre probleme lié à l’endettement du pays et , globalement, à l’endettement de l’Europe pour toutes les nations la constituant…

    Maintenant, l’Euro est-il responsable de cet endettement?

    Je ne le pense pas. Ce qui nous endette, ce sont les couts sociaux, l’immigration massive et l’ultra-liberalisme.

    Donc, je pense qu’en réequilibrant ces parametres, en instaurant des taxes douanieres, en relocalisant les entreprises et en régionalisant le marché economique, on va retrouver une santé financiere, budgetaire.

    Ce qui plombe notre economie, c’est le déficit de competitivité PAR RAPPORT aux autres pays dont le systeme social est sous-developpé…

    Maintenant, les politiques successives de la France, par exemple, ont consisté à tenter de s’aligner sur les criteres sociaux à minima de la concurrence internationale.
    On a vu les resultats: elagage des services publics, suppression d’effectif des fonctionnaires…
    L

  15. A noter que je ne suis pas contre ces fameux “couts sociaux” qui sont plus des “couts de solidarité humanitaire” et qui ,donc, ramenent à sa juste place l’Homme dans la machinerie économique.
    Ces couts sociaux maitrisés doivent rester la fierté d’un pays comme la France. En effet, est-ce que l’on developpe la société en fonction de son Economie ou bien en fonction des hommes qui la composent?
    Est ce que l’Economie est la reine dont nous serions les soldats ouvriers?
    Mais la dette publique est une alarme puissante, la crise epileptyque de l’economie grecque n’ayant pas tenu compte de cette alerte, s’est naturellement manifesté.
    Il faut donc savoir mieux gerer ce modele social. Et là, on peut se poser diverses questions:
    -Ce modele est-il exportable au monde entier? ( 7 milliards d’habitants)
    -Ce modele est-il mondialement auto-suffisant? ( les ressources naturelles peuvent elles suivre?
    -Ce modele peutil survivre si on l’expose à son concurrent direct, le modele néo-libéral ?

    Toutes ces questions sont éludées comme si l’on avait posé un voile noir dessus par ignorance ou egoisme…

  16. @Marie : ok, mais vous portez ici l’ attention sur l’idéalisme. Qui consiste à tresser d’abord le panier puis à planter ensuite les arbres pour y cueillir les fruits.

    Il est l’équivalent de “l’habit fait le moine”. Une attitude où l’on ne s’arrête plus à ne faire QUE ce qu’on peut (s’arrêter serait has been diront les snobs)

    –> un idéalisme qui s’appuie sur le fait avéré par l’histoire moderne qu’on croit parfois ne pas pouvoir, et que c’est en se forçant ou en étant forcé d’emprunter un autre chemin qu’on réalise qu’on pouvait (fondement du progrès Vs l’obscurantisme). Ex: découverte des Amériques. C’est l’idéologie du ‘repoussage’ de limites (cf dopage dans le cyclisme^^). Mais aussi la lutte éternelle entre l’inné et l’acquis, l’offre et la demande, etc.

    Du coup, le problème est qu’on maintient artificiellement une exception. Puis qu’on finit ensuite par oublier que cette exception n’est pas la règle. Et donc, la génération suivante appuie ses propres exceptions sur cette (fausse) règle de base. Peu à peu, la proportion de surface saine et solide rétrécit tandis que la société croit au contraire qu’elle se maintient. On élève alors des ouvrages de plus en plus “hasardeux”.

    L’idéalisme est aussi le fondement de la notion d’endettement : où l’on dépense d’abord un argent qu’on n’a pas/qu’on aura plus tard.

    Tout se tient, Marie, et c’est rassurant car cela donne à l’ennemi un visage.

    Ce sont des gens qui disent : c’est en forgeant qu’on devient forgeron mais qui confondent “forger” avec “Apprendre à forger”. Or on ne doit pas faire son apprentissage en jouant le destin de 12 millions de compatriotes. Dans tous les cas, un apprenti est surveillé par son maître-tuteur, dont l’expertise prévaut. Mais comment faire quand le tuteur est lui-même un apprenti qui croit être un maître ? Et qui apprend lui-même des désastres de ses “apprentis” ?

    -> On n’a donc plus apprentis Vs maîtres mais apprentis-A Vs apprentis-B.

    “On” aurait dû exiger de la Grèce qu’elle fasse ses preuves avant.

    Oui mais “on” croyait qu’on leur donnait ainsi les moyens de faire leurs preuves, justement. Cqfd. Et cette nouvelle épreuve aujourd’hui (“On vous prête si vous fermez le robinet”) est à nouveau présentée comme une épreuve pour qu’ils fassent leurs preuves ! Etc. Et non pas comme l’occasion de remettre l’échec précédent en perspective. Ça peut être un puits sans fin, cette histoire là !

    “Les Grecs” devraient réclamer de la compétence. Or la compétence ne peut venir que du terrain, du “rapport au terrain”. Donc d’eux-mêmes (ce qui implique de se détacher des préoccupations CEE-européennes et FMI). Donc les Grecs devraient, comme nous tous, retrouver le goût de ne pas dépendre d’un intermédiaire. De commencer d’abord par circonscrire leurs besoins. S’ils ne le font pas, ils sont aussi coupables que leurs dirigeants.

  17. Je n’ai jamais nié que l’euro avait été un désastre pour la Grèce. Mais :

    1/ personne n’a obligé la Grèce à intégrer l’euro. Il est évident que pour un pays dont l’économie ressemble sur certains points à celle d’un pays du Sud, intégrer une zone monétaire (non optimale cela dit) dominée par l’Allemagne, a un cout et représente un risque énorme. On le voit aujourd’hui.

    2/ On peut mettre tout sur le dos de l’euro, des financiers etc… ou accepter le simple constat que l’économie grecque reste archaique, que sa fonction publique est pléthorique, inadaptée à l’économie actuelle, son système de retraites a 20 ans de retard…

    Je me permets de citer un article de Libé, pourtant peu suspecte d’être anti-fonctionnaires :

    ” A l’heure de l’austérité programmée, le gouvernement est incapable de chiffrer exactement les effectifs de la fonction publique – entre 500 000 et 800 000 si l’on y intègre aussi les employés territoriaux et ceux des entreprises publiques, c’est-à-dire un actif sur cinq. Leur situation financière est aussi floue : près de 50 primes diverses, allant des cadeaux de Pâques et de Noël aux missions de déplacement, en passant par la prime de frontières – pour la plupart des îles, villages et villes frontaliers du pays, ce qui fait beaucoup -, qui doublent et parfois triplent les salaires, sans compter les à-côtés légaux.

    Par exemple, au ministère des Transports, chaque fonctionnaire est à tour de rôle inspecteur du permis de conduire, prime à l’appui. S’y ajoutent les acquis des retraites – la petite après quinze ans d’activité ou la grande après trente-cinq ans -, avec des clauses d’un autre temps, comme la pension de réversion du père qui va à la fille non mariée. Les Grecs se moquent volontiers de leurs bureaucrates, et la dernière blague à la mode évoque la visite d’une délégation européenne, qui s’étonne de ne trouver personne dans les bureaux des ministères : «Ils ne travaillent pas ?» s’étonnent les experts venus de Bruxelles. «Ah non, l’après-midi, ils sont rentrés chez eux. C’est le matin qu’ils ne travaillent pas.»

  18. Lu sur un forum de gauche :
    (je note quelques convergences vers les idées exprimées ici. )
    ________________________________________________________

    SOLIDARITÉ AVEC LE PEUPLE GREC

    Le M’PEP est signataire de l’appel unitaire à rassemblement de solidarité avec le peuple grec :

    MERCREDI 5 MAI 2010

    18H30

    Tous devant la délégation de la Commission européenne à Paris
    288, boulevard Saint-Germain, Paris 7e (métro Solferino)

    Pour accéder au texte de l’appel, cliquez ici :
    http://www.m-pep.org/spip.php?article1683

    Premiers signataires

    Agir contre el chômage (AC !), Aitec/Ipam, Attac France, CGT Finances, Fondation Copernic, Droit au logement (DAL), Europe solidaire sans frontières, Fédération syndicale unitaire (FSU), Fédération des Tunisiens pour une citoyenneté des deux rives (FTCR), Marches européennes, Mémoire des luttes, Sud PTT, Transform Europe, Union syndicale solidaires.

    Organisations politiques en soutien : Les Alternatifs, Gauche unitaire, Fédération pour une alternative sociale et écologique (FASE), Mouvement politique d’éducation populaire (M’PEP), Nouveau parti anticapitaliste (NPA), Parti communiste français (PCF), Parti communiste des ouvriers de France (PCOF), Parti de gauche (PG), République et Socialisme, Les Verts.

    Le M’PEP va diffuser dans les prochains jours un dossier sur la crise grecque, comportant les propositions suivantes :

    Annuler les prêts conditionnés par des plans d’austérité
    Sortir de l’euro et dévaluer la drachme
    Annoncer le défaut de paiement
    Nationaliser la politique monétaire
    Nationaliser les banques et les compagnies d’assurance
    Contrôler les changes et les mouvements de capitaux
    Organiser une relance keynésienne basée sur un grand emprunt national permettant d’amorcer le financement du droit opposable à l’emploi

  19. Effarant ces propositions…

    - annuler les prêts ? très bien, et ils remboursent comment leurs dettes ? en empruntant à 18% sur les marchés financiers ? Au passage, la Grèce doit rembourser 8 Mds € de dettes le 19 mai. Bonne chance pour les trouver d’ici là

    - sortir de l’euro ? why not, mais je leur souhaite bon courage pour recréer une monnaie, retrouver la confiance des marchés financiers etc…en aussi peu de temps.

    - défaut de paiement : ça pourrait être une solution, mais là c’est la France qui risque de prendre cher, car une bonne partie de la dette grècque est détenue par…les banques françaises.

    - nationaliser : il suffit de voir les expériences françaises en matière de nationalisation des banques pour comprendre à quel point ça serait un désastre.

    - controler les changes et mouvements de capitaux : c’est mignon, et concrètement ça veut dire quoi ? comment limiter les flux financiers à part en débranchant les ordinateurs (je caricature).

    - relance keynésienne : vben voyons, avec une dette de 115,1% du PIB et un taux d’épargne ridicule, comment est financé cette relance ? qui va accepter de prêter de l’argent à la Grèce après un défaut de paiement ?

    Il faut être clair : je ne suis pas partisan du libéralisme économique, mais nous sommes en plein dans ce régime économique. Soit on accepte les règles du jeu, et notamment la place prépondérante des marchés financiers, soit on les ignore (et donc on se surendette, on privilégie les dépenses de fonctionnement au lieu de l’investissement etc…), mais alors quand la roue tourne, il ne faut pas s’étonner si personne ne veut vous prêter de l’argent pour éponger une dette colossale.

  20. Le dernier message de MK est édifiant. J’ignorais toutes ces particularités grecques. On comprend mieux l’état dans lequel se trouve le pays.
    J’ajoute que le plan mis en place par M. Papandréou n’a aucune chance d’aboutir. Il nous promet, en effet, non pas de réduire les dépenses de l’état pour arriver à l’équilibre budgétaire, mais…pour réduire le déficit en le faisant passer de 14% à 4% du PIB en 3 ans. Vous avez bien compris, la Grèce, si son plan d’austérité réussit, sera toujours en déficit dans 3 ans. Or, dans 3 ans, elle devra rembourser l’emprunt dit de “solidarité” que leur ont accordé les autres pays de la zone Euro. Comment va-t-elle faire pour rembourser avec du déficit ?
    Comme elle ne peut plus emprunter sur les marchés extérieurs, du fait que les taux sont trop élevés, cela signifie qu’elle demandera, aux autres pays de la zone euro, un nouveau prêt pour rembourser le premier. C’est ce que font tous les ménages en surendettement.
    A moins que la Grèce ne nous demande de repousser le remboursement de leur dette…aux calendes grecques.

  21. @ mk
    Mardi 4 mai 2010 à 16:06

    - sortir de l’euro ? why not, mais je leur souhaite bon courage pour recréer une monnaie, retrouver la confiance des marchés financiers etc…en aussi peu de temps.

    De nombreux pays l’ont fait, après l’effondrement de l’URSS : tchèques et slovaques, par exemple, on rapidement eu leur propre monnaie, faible au départ, puis petit à petit, la confiance est venue, au point d’être acceptés dans la zone Euro, dans le cas des slovaques.

  22. Je viens de lire dans La tribune que l’Espagne s’endettait pour prêter à la Grèce, or il se murmure, dans certains milieux bien informés, que d’après les on-dit, l’Espagne s’apprêterait à emprunter 400 milliards d’Euros pour faire face à ses propres difficultés : si c’est vrai, ce sont vraiment des dingues aux commandes !!

  23. @ Pierre 1er

    “De nombreux pays l’ont fait, après l’effondrement de l’URSS : tchèques et slovaques, par exemple, on rapidement eu leur propre monnaie, faible au départ, puis petit à petit, la confiance est venue, au point d’être acceptés dans la zone Euro, dans le cas des slovaques”

    Je suis tout à fait d’accord c’est faisable, le seul problème c’est la confiance. En effet, dans le cas des pays d’Europe centrale ou d’Europe de l’Est, il s’agissait d’abandonner une monnaie de singe, héritière d’un système économique qui venait de s’effondrer. Dans le cas de la Grèce, il s’agirait de réinstaurer une monnaie abandonnée pour intégrer un système monétaire de premier plan, avec une monnaie forte etc…Il s’agirait donc psychologiquement d’un échec, qui à mon avis, serait au début très mal perçu des marchés financiers. Et encore une fois, si la Grèce quitte la zone Euro, elle perdra de facto le soutien des autres pays européens, et n’aura malheureusement plus aussi facilement accès aux marchés financiers (même si ces derniers temps le fait de faire partie de la zone euro ne lui apportait plus rien, à part des ennuis supplémentaires).

    Donc les premières années seront très difficiles !

  24. Oui mk a raison, même les grecs entre eux le reconnaissent. Les arguments développés sont certes intéressants et méritent d’être notés mais partant de si bas (le régime des colonels s’est terminé il y a 30 ans à peine) ils ont largement vécu au dessus de leur moyen et structurellement ils sont nulles, le marché noir est à un niveau de fou et il y a une mentalité de ‘fonctionnaire’ ultra répandue. Cela travaille mais il y a des désastres structurels et organisationnelles. Le pays est petit et le clientélisme fait des ravages hallucinants.

  25. “La presse allemande, et même française, a usé de termes, en réalité, bien plus injurieux. On se souvient des « cueilleurs d’olives » et même de l’exécrable calembour (la « mauvaise Grèce ») par lequel un quotidien français s’est déshonoré.”

    Et ce sont les même qui mettaient en avant il y a quelques temps la « solidarité » européenne ! Minable !

    Ces chiffres sont issus de la fondation Schumann : est-ce que cela remet en cause leur validité ?

    “on arrive à un total de près de 150 milliards d’Euros qui seront nécessaires (au minimum) d’ici fin 2012.
    En fait, cette estimation ne tient pas compte de la contraction du PIB que le plan d’ajustement qui est actuellement proposé à la Grèce va provoquer. Or, toute contraction du PIB provoque une contraction des recettes fiscales…”

    Donc la Grèce n’aura pas l’argent nécessaire pour rembourser les dettes, et en 2012, fera faillite. En même temps que la France ?

    Leperigourdin
    Mardi 4 mai 2010 à 11:49

    Je suis d’accord : ca m’agace aussi. En France, on nous a vendu l’euro « facteur de développement, de prospérité » etc Et on a demandé l’avis au peuple…
    Certains commentateurs oublient (ou feignent d’ignorer) que ce n’est pas le peuple qui décide. “En dictature, c’est ferme-là, en démocratie, c’est cause toujours”

    martin758
    Mardi 4 mai 2010 à 12:34

    “Je ne le pense pas. Ce qui nous endette, ce sont les couts sociaux, l’immigration massive et l’ultra-liberalisme.”

    Oui mais pas seulement.

    mk
    Mardi 4 mai 2010 à 15:07

    « Les Grecs se moquent volontiers de leurs bureaucrates, et la dernière blague à la mode évoque la visite d’une délégation européenne, qui s’étonne de ne trouver personne dans les bureaux des ministères : «Ils ne travaillent pas ?» s’étonnent les experts venus de Bruxelles. «Ah non, l’après-midi, ils sont rentrés chez eux. C’est le matin qu’ils ne travaillent pas.» »

    LOL excellente ! Et bientôt la même chose en France ;)

    Mardi 4 mai 2010 à 16:06
    +1000

  26. Excellente blague sur les fonctionnaires grecs :-)

    A part ça, l’€ a considérablement renchéri les produits de première nécessité, comme nous l’avons constaté en France aussi (voir le prix de la pomme de terre), avec l’inconvénient supplémentaire pour les grecs que c’était un pays pauvre par rapport à la France où à l’Allemagne, et que c’est donc une frange bien plus importante de la population qui a été paupérisée par cette monnaie qui devait nous apporter à tous stabilité et prospérité.

    Seron-nous bientôt libérés du carcan de la banque centrale et de ses dirigeants idéologues et psychorigides ?

  27. La Grèce était un pays pauvre et va redevenir un pays pauvre. Le miroir aux alouettes et les châteaux en Espagne ne durent qu’un temps.
    Ce qui me rend très pessimiste pour la Grèce, c’est la mentalité qui y règne. Comment redresser un pays où le travail au noir représente 40% de l’économie (estimation), que tout un chacun ne rève que d’être fonctionnaire et que la corruption règne à tous les étages.
    La Grèce a déjà connu des coups d’état militaires par le passé ; il n’est pas interdit de penser qu’elle peut en connaître un autre.

  28. martin758
    Mardi 4 mai 2010 à 12:34
    “[...]Ce qui nous endette, ce sont les couts sociaux, l’immigration massive et l’ultra-liberalisme.[...]”

    Faudra que l’on m’explique en quoi l’”ultra-libéralisme” (que j’interprète comme tout au privé avec un état super minimal) peut être la cause de la dette d’un état.
    Pour les deux autres raisons, je suis d’accord.

    martin758
    Mardi 4 mai 2010 à 12:49

    “A noter que je ne suis pas contre ces fameux « couts sociaux » qui sont plus des « couts de solidarité humanitaire » et qui ,donc, ramenent à sa juste place l’Homme dans la machinerie économique.
    Ces couts sociaux maitrisés doivent rester la fierté d’un pays comme la France. En effet, est-ce que l’on developpe la société en fonction de son Economie ou bien en fonction des hommes qui la composent?”

    C’est exactement le discours que l’on entend dans tous les médias et à l’UMPSNPAPC.
    En quoi la solidarité imposée rend la société plus “humaine” ?
    D’autant plus que cette manne étatique a un rôle assez pervers dans la dislocation des structures de solidarités traditionnelles (famille, Eglise) et l’isolement des individus. Avec l’effet bonus qu’elle rend les bénéficiaires dépendants du système, donc plus portés à le défendre.
    Cela représente le “pain”, les “jeux” étant la télévision et tous ses divertissements.

  29. Les grecs ont decidé de ci, les grecs ont decidé de cela…Voila les mêmes posteurs qui trouvent que l’UE n’est pas une democratie et qu’en France ont nous ne demande pas notre avis, cela même pense que les grecs eux decident de leurs sorts !
    c’etait un comment de Lerigordin
    sinon le prof de polytech il doit gerer sa siotuation et donc il doit gerer sa situation.Ya lui ou un prof de polytech par exmple mai sinon ya d’uatres grecs avant lui quan mme si il faut penser que c’est un peu comme cela

  30. c’est pas élevé comme salaire en tout cas si ya pas d erreurs.Sinon la Grece fait partie de l’Europe .Ya le Grec le latin ils ont dit cela à la télé.Papayabnou et les autres ils sont d’accord selon les apprences.Que ya le fmi et l’Europe.Là la Grece en qelque sorte c’est reglé ou toujours un probleme si ils payent puisque ils sont dans a zone Euro etrc ont donné des chiffres( sont contraiont de payer mais sont liberes des caisses à remplir et qui se vident envers des destinataires qui ont officielelnmnt disparu.La corruption pour utiliser ce mot corruption et à l’amicale des clients c est terminé

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*

*

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>