Comment éviter une catastrophe chinoise ?

Par Michel Santi

Le modèle de croissance chinois construit sur du crédit outrancier a vécu. Les autorités chinoises ont aujourd’hui la hantise d’un ralentissement brutal de leur économie, qui ne sera atténué que par la grâce d’un (très lourd) endettement d’entreprises et de collectivités territoriales, détenu par des intérêts chinois.

Le naguère miracle chinois tourne aujourd’hui à la calamité, car le crédit produit de moins en moins de croissance.

Ainsi, alors que 1,5 Renminbi de crédit résultait en 1 Renminbi de croissance en 2000, ce rapport est actuellement à 6 contre 1 !

Alors qu’il a été de bon ton de dénoncer la propension plus qu’excessive au crédit des consommateurs américains, l’effondrement spectaculaire de la productivité (ou de l’efficience) du crédit en Chine atteint des proportions inégalées et ouvre des perspectives effrayantes.

Permettant et stimulant la spéculation sur les terrains et sur l’immobilier haut de gamme, ainsi que la surproduction de marchandises destinées à être stockées, les crédits consentis par les banques chinoises atteignent 130% du P.I.B. du pays !

Sur la seule année 2009, les montants prêtés par les établissements financiers chinois ont ainsi été équivalents à 40% du P.I.B. de leur pays et, à cet égard, les collectivités locales et régionales se retrouvent – du fait d’un endettement de l’ordre de 11.000 milliards de Renminbi, ou 1.600 milliards de dollars – en pleine tourmente.

En fait, l’impact des dettes de ces collectivités sur l’économie nationale et sur ses acteurs financiers est potentiellement dévastateur : s’il est vrai que les régions effectuent un apport bénéfique, de l’ordre du tiers, sur l’activité globale du pays, leur endettement représente par ailleurs 30% de l’endettement public chinois, 25% des crédits consentis globalement par les banques nationales et 80% des prêts récents accordés en 2009…

Comme la totalité de ces crédits bancaires accordés aux régions se monte à plus du double des fonds propres détenus par les banques chinoises, un taux (pas irréaliste) de défaut de 30% sur ces prêts, volatiliserait deux tiers des capitaux des banques chinoises !

La pyramide se fissure donc de toutes parts, sachant qu’un raidissement de politique monétaire – ou une réévaluation de la monnaie nationale, ce qui reviendrait au même – serait l’impulsion finale à son effondrement en bonne et due forme.

Il est donc enfantin de comprendre les tergiversations des autorités chinoises, vis-à-vis de l’appréciation d’une devise qui n’est même plus réclamée par des Etats-Unis, conscients aujourd’hui de l’extrême fragilité du Ponzi chinois.

Le niveau actuel du Renminbi constitue certes une forme de subvention, ou de prime, accordée à des exportateurs chinois peu aptes à lutter à armes égales avec une compétition internationale.

Néanmoins, et comme une appréciation de 3% de ce Renmimbi supprimerait (selon Bloomberg, citant l’Agence Chine Nouvelle) entre 30 et 50% des profits des constructeurs chinois de téléphones, d’autos et autres électroménagers domestiques, les Etats-Unis se résignent aujourd’hui à lâcher un peu de lest…

La Chine, qui a servilement copié le modèle mercantiliste japonais, se retrouve à la croisée des chemins.

Chemin déjà emprunté par son voisin nippon, mis sous pression pour réévaluer sa devise afin de juguler ses excédents commerciaux, par les Etats-Unis, ayant si bien oeuvré lors des accords du Plaza en 1985, qu’il fallut d’autres accords (ceux du Louvre en 1987) afin d’enrayer l’envolée spectaculaire du Yen. Fermeté du Yen, qui devait être contrée par une Banque du Japon résignée à baisser de manière excessive ses taux d’intérêts, afin de tenter de stimuler une consommation intérieure censée soulager la diminution de ses exportations.

Nous connaissons tous l’issue de ce drame, dont le Japon ne s’est toujours pas complètement sorti aujourd’hui, après plus de vingt ans.

Gestion Suisse

Commentaires (19)

  1. Comment éviter la cata chinoise, alors qu’il y a déjà la cata américaine depuis des lustres qui sévit sur nous, sans parler d’autres qui s’y sont déjà installés depuis longtemps,..et de nouvelles à venir ?
    Bref, en regardant ce soir ou jamais du jeudi 8 sur F3, quelqu’un a mentionné l’économie maistream (grand public). Si nous continuons sur notre lancée élitiste, en l’occurrence dans le domaine de l’art dans cette émission, bientôt les chinois vont finir par achever les restes d’économie dont on dispose encore. Nous n’allons offrir à nos enfants que des emploi de femmes de ménages et de laveurs de grandes surfaces, sous-payés, usés par la pénibilité, et malades psychologiquement, car ces métiers ne sont pas des travaux manuels non non.
    L’élitisme ça se mérite !
    Si on ne se ressaisit pas rapidement, tous les marchés, automobiles, armements et médicaux qui nous restent et qui furent notre gloire, ne deviendront que souvenir, car l’argument qualité dont on se vante encore sera lui aussi un lointain souvenir.

  2. Je ne connaissais pas ce taux de transformation de dette en croissance pour la Chine. Intéressant, mais le taux de rentabilité marginal du système productif chinois reste supérieur à ce que l’on trouve dans les pays développés. Les entrepreneurs ont donc encore intérêt à investir en Chine. La catastrophe n’est pas pour demain matin.

  3. Celui qui n’achète pas( les Usa ruinés) ruine celui qui produit (la Chine). Résultat les deux sont ruinés …. et nous avec.

  4. Emrys Myrdyn

    ” le taux de rentabilité marginal du système productif chinois reste supérieur à ce que l’on trouve dans les pays développés “

    Admettons, bien que vous ne donniez aucune source et que les statistiques du gouvernement chinois soient pour le moins sujettes à caution.

    Cette fameuse production, il faut tout de même la vendre.

    Mais à qui (sans parler du stockage d’une large partie excédentaire de cette même production, dans un système archi soutenu par l’Etat), si le reste du monde ne l’achète plus assez ?

    http://www.ambafrance-cn.org/Le-solde-commercial-de-la-Chine-peut-il-devenir-durablement-deficitaire.html?lang=fr

    Surtout qu’en réalité, 56 % des exportations chinoises sont le fruit d’entreprises étrangères implantées en Chine.

  5. “Cette fameuse production, il faut tout de même la vendre. Mais à qui”

    Ca, c’est de la philosophie. Moi, je parle de la situation concrète actuelle.

    Aujourd’hui, un investissement productif en Chine rapporte plus d’argent par rapport aux capitaux investis que s’il est réalisé ailleurs. Que l’on produise en Chine ou ailleurs les clients ou l’absence de client sont les mêmes. Donc, un entrepreneur qui veut investir a intérêt à le faire en Chine. Je ne dis pas plus que ça, ni ne défend le modèle chinois.

  6. Le taux de croissance de l’économie chinoise sera au Premier trimestre 2010 de l’ordre de 12 %….donc la catastrophe est proche .Celà fait des lustres que nous avons droit à cette chanson .

  7. 1. La Chine n’est pas une économie de marché.
    2. Depuis 30 ans les Chinois jouent beaucoup beaucoup beaucoup mieux que nous.
    3. Geithner est en train de rencontrer Wang Qishan : je suis prêt à parier qu’ils vont s’entendre sur notre dos et que la presse n’aura qu’une version édulcorée des accords.

  8. Catastrophe chinoise ?

    Homogeneité peu ou prou de la population, hormis une minorité musulmane (hasard !).

    Regroupe sur son territoire des usines qui produisent tout.

    Niveau scolaire en science, bon.

    Agriculture performante car independante de nous !.

    Si il y a catstrophe c’est avant tout pour nous, de quoi manqueront-ils ?

  9. J’ai toujours dis que cela sera impossible pour la Chine ou l’Inde de pouvoir nourrir plus d’1 milliard et demi d’habitant chacun surtout si le pétrole s’arrête, je suis souvent étonné que ce fait soit constamment oublié dans les débats sur ces deux pays.

    A mon avis la Chine et l’Inde pourraient dans un futur plus ou moins proche annexer quelques territoires/pays pour les mettre au pas et étendre leur agriculture et industries diverses pour, entre autres choses, pouvoir nourrir leur propre peuple, je n’exclue pas des invasions pacifique ou militaire.

  10. là ou l’on va rigoler c’est quand les industriels capitalistes vont vouloir retirer leurs benefices (leur argent _or) de chine je crains ‘je suis sur) qu’il va leur arriver la même mésaventure qu’au producteurs de tomate européens quand au Maroc Mohammed leur a dit” tout ce qui est au Maroc est à moi, et certainement le président chinois va leur dire pareil. Et il vont se retrouver à Po il . Il vont enfin “comprendre” qu’un estranger ne pense pas tout à fait comme nous et qu’il a toujours raison quand il est chez lui. Les riches importateurs européens de chine aujourd’hui sont les futurs pauvres européens de chine demain.

  11. @Tskvi

    “C’est bien joli de parler de la dette. Mieux vaudrait parler d’à quoi elle sert. ”

    Voilà la bonne question. Le reste on s’en tape.

  12. Il y a des choses vraies et des choses fausses dans cet article. Ce qui est vrai, c’est que la Chine a des problèmes, et qu’un de ces problèmes est le manque d’expertise et de régulation au niveau du système bancaire, un autre problème étant la concurrence inter-régionale. Ce qui est faux, c’est que la situation chinoise soit fondamentalement malsaine. Avoir un taux d’endettement élevé n’est pas dramatique tant qu’on a aussi un taux d’épargne élevé, et c’est le cas des Chinois. Avoir 130 % de son PIB en prêts consentis par les banques est excessif, mais tant qu’on maintient un taux de croissance très élevé, la couverture des intérêts est assurée. Il vaut mieux avoir une dette équivalente à 130 % du PIB et 5 % de croissance réelle, disons, plutôt que, comme les USA, environ 400 % de dettes sur PIB et une croissance réelle négative. Enfin, il est faux que les exportations soient nécessaires à la croissance chinoise : elles ne contribuaient, avant le déclenchement de la crise, que pour un tiers environ du taux de croissance. Les deux autres tiers étaient couverts par la croissance du marché intérieur.

    Tout ceci pour dire que la Chine a évidemment des problèmes, et peut bien sûr, elle aussi, être sévèrement impactée par la crise globale. Mais présenter l’économie chinoise comme un “ponzi” en expliquant que les USA s’en méfient (sous-entendu : parce qu’aux USA, on n’aime pas les ponzi), dans le contexte actuel, c’est franchement comique. Du moins à mon avis.

    Je suggère aux admins de cet excellent site, lorsqu’ils reprennent un article d’un membre du forum de Davos et de l’Ifri, de rappeler, par un petit cartouche, ce qu’est le forum de Davos, et ce qu’est l’Ifri. ;-)

  13. Parenthèse : il est exact que la Chine va avoir un problème pour nourrir sa population si le pétrole vient à manquer. Mais :
    a) Ils sont en train de racheter des terres à tout va, en Afrique en particulier,
    b) Ils ont désormais accès aux ressources sibériennes, qui peuvent les aider à limiter la casse en cas de rupture des approvisionnement pétroliers,
    c) La période qui va leur poser problème est courte : 2015-2030, à peu près. Ensuite, la population va commencer à baisser,
    d) La véritable crise alimentaire possible en Chine tient surtout au changement des habitudes de consommation (augmentation des protéines animales). D’un autre côté, les Chinois ont un régime politique avant d’avoir un régime alimentaire !
    L’Inde, par contre, peut vraiment avoir un très gros problème. Et eux, ils n’auront même pas besoin de changer de régime alimentaire pour ça…

  14. Enfin, dernière parenthèse, il est faux que les Chinois aient besoin des investissements étrangers pour se développer. La croissance chinoise est pour l’essentiel autofinancée. Les investissements étrangers ont été acceptés par Pékin parce qu’ils donnaient lieu à transferts de technologie (le vrai problème chinois, à mon avis, à ce stade), et parce qu’ils étaient la garantie d’une ouverture des marchés extérieurs. Je suis frappé, quand je lis les commentaires (souvent pertinents par ailleurs) sur ce blog, de voir à quel point les gens ont une image biaisée du mécanisme qui est en train de se jouer entre Chine et Occident. Intéressez-vous aux chiffres de l’investissement en Chine (taux d’investissement énorme), et rapportez-le aux flux de capitaux étrangers : vous allez voir, c’est édifiant.

  15. Pour bien comparer :

    Combien de calorie petrole pour 1 calorie alimentaire en Chine ? et chez nous ?

    Le pb petrole/agriculture est pour l’instant sans solution chez nous tous. Vu la moindre mecanisation en Chine, la hausse du petrole leur fera moins mal qu’à nous !

    Amusant : demandez à un cerealier quel quantité de gazoil il lui faut pour 100 ha…

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