Pourquoi la Grèce sortira de l’Euro

Et si la Zone euro commençait à se fissurer ? La Grèce n’aura d’autres choix que l’abandon de la monnaie unique. Toutes les autres solutions sont vouées à l’échec.

Peter Paul Rubens, la mort d'Achille, 1630-1632.

Il ne fait aucun doute que la Grèce sortira de l’euro à brève échéance. Les solutions qui pourraient permettre de l’y maintenir sont toutes exclues.

Il est une vieille expression grecque qui nous est familière : celle du talon d’Achille. La Grèce est bien le talon d’Achille de l’Europe. Il ne s’agit que d’une petite partie du corps mais c’est la survie de tout le corps qui est en jeu.

La première solution serait que l’Europe garantisse la dette d’État grecque qui ainsi deviendrait une dette de toute l’Europe. Le règlement de l’euro ne le permet pas et cela pour des raisons évidentes : le précédent serait inacceptable. La Grèce n’a pas demandé à l’Europe la permission de faire des déficits, bien au contraire, elle en a fait une partie dans son dos.

Si chaque pays pouvait ainsi tirer des chèques sur l’ensemble européen, on irait vite au laxisme généralisé. Et d’ailleurs même si cette pris en charge était possible, l’opinion allemande ne la permettrait pas sachant qu’à la fin, c’est l‘Allemagne qui devrait payer.

Les limites de la solidarité européenne

L’autre solution serait d’accroître les transferts financiers nets de l’Europe (celle de Bruxelles, pas de celle Francfort) en direction de la Grèce. Si l’aide budgétaire proprement dite n’est pas non plus permise, il serait en théorie possible d’accroître le montant des aides régionales que, à l’instar de tous les pays en retard, perçoit la Grèce.

De cela non plus il n’est pas question. Pour les mêmes raisons : le précédent serait là aussi dangereux et les réticences allemandes insurmontables. On sait d’ailleurs que si aujourd’hui il faut mettre 100, ce sera demain 200, puis 3000 et à la fin, les Grecs ne seraient plus que des assistés de l’Union européenne.

On mesure là les limites de la solidarité européenne, corollaire pourtant nécessaire de l’euro selon tous les économistes. Une étude passionnante de Laurent Davezies a montré que les flux de solidarité européenne, via le budget de l’Union ne représentaient qu’environ le dixième des flux nationaux ( par exemple de Ile de France vers le Limousin, à travers les retraites, les administrations etc.). Cela ne suffit pas pour compenser les effets dévastateurs de l’euro sur les économies les plus faibles.

Un plan de déflation ?

La troisième solution est d’imposer au peuple grec un plan de déflation drastique analogue à celui que le gouvernement Laval tenta d’imposer aux Français en 1934 ; réduction du nombre des fonctionnaires et de leurs salaires, réduction des retraites, coupes sombres sur les dépenses publiques. Soit le contraire de ce qu’a promis le nouveau gouvernement conduit par le socialiste Papandréou, fraichement élu.

Au vu de l’état d’esprit de l’opinion grecque, en particulier du succès des dernières grèves et de ce qu’on sait du tempérament rebelle des Grecs (sans que cela ait de notre part rien de péjoratif), il y a peu de chances qu’un tel plan aboutisse .Personne n’aime les plans de rigueur, à plus forte raison s’ils sont imposés de l’extérieur. Et même si ce plan réussissait, 5 ou 10 % de déflation ne suffiraient pas ; c’est 30 % au moins qu’il faut pour rétablir la compétitivité de l’économie grecque.

Il est bien évident que ces 30% de rééquilibrage ne pourront être obtenus que par une dévaluation et donc par la sortie de l’euro. C’est ce qui est sans doute nécessaire pour rétablir sinon l’équilibre du budget, du moins celui des comptes extérieurs. Pendant quelque temps après cette dévaluation, la Grèce deviendra la destination touristique la moins chère du monde. L’afflux des touristes devrait alors relancer l’ économie du pays.

Le cas grec n’illustre pas seulement l’absence de solidarité économique et financière au sein de la zone euro mais aussi l’absence de solidarité militaire, Les commentateurs n’ont pas manqué de souligner qu’une des causes du déficit grec était le montant anormalement élevé – pour l’Europe – de ses dépenses militaires ( 4,5 % du PIB) .

Le problème turc

La raison est que la Grèce fait face à un ennemi traditionnel , la Turquie, dix fois plus peuplé et avec lequel les relations demeurent tendues. Si la défense européenne n’était pas un vain mot, la Grèce n’aurait pas à s’en faire : elle saurait qu’en cas de problèmes avec la Turquie , elle pourrait compter sur la solidarité de tout le bloc des 26. Or c’est me contraire qu’elle doit envisager. Toute la machine européenne vit aujourd’hui dans une turcomania qui explique la poussée vers l’adhésion d’Ankara.

On retrouve là un peu le scénario yougoslave : l’Europe occidentale préfère les musulmans aux orthodoxes, couve d’un oeil doux les Turcs, dont on s’obstine à ne pas voir les retards en matière de droits de l’homme et, depuis le début, méprise les Grecs , alors même que ces derniers sont dans l’Europe et les autres non.

Quelles explications pour cette étrange attitude ? L’oubli de l’histoire et du rôle majeur joué par les Grecs à l’orée de l’Europe, la véritable, pas celle des bureaucrates ? La haine de soi qu’au gré de certains entretiendrait l’Europe ? Ou tout simplement l’influence diffuse de l’Amérique sur les esprits , une Amérique qui soutient la Turquie et s’est toujours méfiée des Grecs, trop proches des Russes ? On ne sait.

Le talon d’Achille de l’Europe

Qu’adviendra-t-il quand la Grèce sortira de l’euro ? Sur le plan économique, rien. Si les marchés étaient rationnels, l’euro devrait être renforcé comme une cordée l’est quand elle a largué ses poids morts. S’ils ne le sont pas et que l’euro baisse, ce serait tant mieux pour toute l’économie européenne.

Mais sur le plan financier, il y a peu de doute que la spéculation s’attaquerait alors à des pays plus importants que la Grèce et presque autant en difficultés, comme l’Espagne ou l’Italie. Leur situation serait la même que celle de la Grèce aujourd’hui : faute qu’une solidarité véritable soit possible et dans l’impossibilité de faire les réformes douloureuses que même les Français ne font pas, la sortie de l’euro serait inévitable.

A la fin, l’euro redeviendrait ce qu’il n’a jamais cessé d’être, le mark, c’est-à-dire une monnaie adaptée au tempérament du peuple allemand mais pas à celui du peuple grec, ni même à celui du peuple français ou du peuple italien.

Si les conséquences économiques d’un tel scénario sont parfaitement gérables, il aurait, sur le plan politique, l’effet d’un cataclysme : l’euro est le second étage de la construction européenne ; le marché unique est le premier. Se retrouvant à nu, ce dernier serait aussi fragilisé. Si Francfort chute, combien de temps tiendra encore Bruxelles ? Il est trop tôt pour le dire.

Marianne

(Merci à Pakc & Boreas)

Commentaires (19)

  1. Qu’il sorte de l’euro, envoie balader l’europe et la Turquie. Tout ça c’est bien pour nous.
    Un grec de souche vaut 18 000 000 de CPF. Aucun doute.

    Il suffit d’ecouter une fois Alexandre Adler pour comprendre que lui et sa clic veulent notre mort culturel. Ils haissent notre culture, ils ont déjà la peau de notre folklore.

    La Grece doit resister, n’oublions pas la Serbie…Bientot ils decouperont la France en rondelle de saucisson (hallal bien sûr).

  2. Si l’Europe éclate tant mieux, nous serons nombreux à sabrer le champagne !
    Si l’euro disparaît tant mieux aussi, nous reprendrons ainsi notre indépendance financière et fichons à la porte ou derrière les barreaux tous ces politiques qui nous gouvernent copains comme cochon avec les banquiers du même nom.
    Aux États-Unis ,se préparent un vaste mouvement populaire avec le retrait annoncé de tous les comptes bancaires.
    Le talon d’Achille des financiers c’est l’argent déposé en banque.
    Les banques européennes ont un effet de levier compris entre 26,6 et 43,9 ! (Source : http://www.jpchevallier.com/article-le-credit-agricole-2009-et-les-gos-banques-francaises-45634358.html ) c’est-à-dire qu’il suffit que 3 % de la population (moyenne pondérée) retire ses avoirs pour signifier la mise en faillite immédiate des banques françaises.
    Il faut faire exactement la même chose en Europe, comme le peuple US et soutenir nos amis grecs, espagnol, italien, irlandais du 15 au 18 avril grève générale et solder le compte en banque ainsi que tous les comptes d’épargne.
    De toute manière si les banques se cassent la figure avant, il ne faut pas se faire la moindre illusion, nos comptes seront immédiatement bloqués et notre argent rendu indisponible, y compris par voie législative. C’est la terrible mésaventure qui est arrivée aux argentins au début des années 2000 .
    Disons non à l’asservissement éternel à la dette, retirons nos avoirs bancaires et qu’il aillent tous au diable !
    http://www.taxfree15.com/

  3. si l’euro éclate, retournerons-nous au franc à valeur de 1/6,56 ou bien au franc à valeur nominale d’1 euro ?

    parce que ce n’est pas anodin. si c’est la 2e solution, l’arnaque aux hausses de prix en loucedé continuera. Qu’est-ce que 10 centimes d’euros, avons-nous l’habitude de penser ?

  4. Si la Grèce sort de l’Euro ce srea une défaite pour l’Europe technocratique.
    Mais ce sera une défaite ce n’est jamais bon,je préfère les succès .

    En toute objectivité je crois pouvoir dire que l’Europe actuelle accumule les défaites …..mauvais .

  5. ” Aux États-Unis ,se préparent un vaste mouvement populaire avec le retrait annoncé de tous les comptes bancaires. ”

    La riposte s’organise !!! ^^

    ” c’est-à-dire qu’il suffit que 3 % de la population retire ses avoirs pour signifier la mise en faillite immédiate des banques françaises. ”

    +1 le système c’est un chateau de carte il suffit d’en retirer une et tout dégringole!

  6. Je me sens grec, j’ai aimé m’y rendre ainsi qu’en crète, mais JAMAIS je ne pourrai imaginer me rendre en Turquie , ce pays de voleurs pire que des roumains

  7. Corso

    Accepter l’intervention du FMI en Grèce, ce serait abdiquer à la clique de Strauss-Kahn, qui n’attend que ça, toute souveraineté en Europe.

    Je vous trouve culotté d’affirmer, au contraire, que “L’intervention normale du FMI voudra dire que nos pays sont restés de nations et non un magma européen” !

    C’est exactement l’inverse mais, évidemment, quand comme vous on adhère au système et le soutient, il est logique de s’appuyer sur le système pour cautionner ce qui est autrement indéfendable.

    Je suis de plus en plus convaincu que ce discours très politicien, vous classe au RPF, voire à l’UMP.

    Et je ne crois pas du tout à la solution que vous présentez pour cela (“créer un système de mini-euro déprécié” : source ?), qui me paraît infaisable techniquement.

    Cela constituerait de toute façon, pour la zone euro, un événement aussi destructeur que la sortie d’un de ses membres, qui paraît infiniment préférable (sans intervention du FMI : réservons-là au Royaume-Uni, qui en aura bien davantage besoin et que la fraternité financière prédispose à ce sort si enviable…).

    Mais de toute façon, si l’Europe-euro est un danger pour la Grèce, la Grèce n’est pas un danger sérieux pour l’euro.

    Elle est trop petite.

    Attendons de voir si le FMI aura les moyens, avec sa risible capacité de prêt de 850 milliards de dollars,

    http://www.imf.org/external/np/exr/facts/fre/glancef.htm

    http://finance.aol.fr/crises-economiques-mondiales-le-fmi-va/article/20100226113626214415562

    de faire face aux besoins, qui se chiffreront en milliers, ou plutôt en dizaines de milliers, de milliards de dollars, des USA, du Royaume-Uni, de l’Espagne, etc., quand le prochain krach boursier aura confirmé le coma de l’économie réelle, atomisé la finance privée et ravagé, encore bien plus qu’aujourd’hui, les finances publiques.

    Mais, bien entendu, cela relève du fantasme de non-économiste, n’est-ce pas ?

  8. @Ultima thom

    Sortir l’argent des comptes en banque. Oui mais quid du stockage. Vos économies se retrouvent à l’abri du banquier mais pas abrité de plein d’aleas. Y-a-t-il un site preconisant des solutions viables ?

    @Jean Bal
    Les grecs de souche sont des frères, aidons les à resister aux systemes.

  9. C’est bien qu’ici aux USA, la population soit armée comme
    elle l’est. S’il y a une ruée sur les banques, soyez assurés
    que nos avoirs comptants, bien au frais sous le matelas,
    seront bien protégés par des pétoires de style “.357 magnum”.
    Les “méchants”, ici du moins, sont conscients du risque qu’ils
    prennent lors d’un vol par affraction.

  10. La chaine russe RTR planeta (tf1 russe) montre les manifs en Grece, c’est d’une rare violence (des vieux se font matraquer !).
    Le journaliste parle d’une somme de 52 milliards d’euro que la Grece doit à l’Allemagne et de la possibilité de la faillite de l’euro.

    ça decape les infos en Russie.

    Autre nouvelle, Poutine vire tous les responsables sportifs responsables du manque de medaille…C’est pas en France qu’on verrait ça.

  11. @spoiler

    Attention, n’oublions pas que cette sur-souscription n’a été rendue possible que par un intérêt promis de … 6,36 % l’an, soit 3 points de plus que les autres obligations européennes. Et comme les grecs ne pourront pas rembourser …

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