Nouveaux pauvres américains

Et si on oubliait Wall Street et ses riches, pour parler des “nouveaux pauvres” ? Aux Etats-Unis, les médias, formules chocs à l’appui (”L’Amérique de l’ombre”, “Nos transparents voisins”…), se préoccupent de plus en plus de l’émergence d’une vaste pauvreté.

Pourcentage de pauvres aux USA (source : visualizingeconomics.com, août 2007). Cliquez sur la carte pour l'agrandir

Une récente étude du Centre du marché du travail de Northeastern University, constate que le décile inférieur de la population active, où le revenu familial n’excède pas les 12 500 dollars annuels, a connu au dernier trimestre 2009 un taux de chômage de 30,8 % – supérieur de 5 points au taux constaté au pic de la Grande Dépression, dans les années 1930. Le décile précédent, situé entre 12 500 et 20 000 dollars par an, enregistre un chômage de 19,1 %.

Ces chiffres sont de deux à trois fois supérieurs à la moyenne nationale. Ces 20 % de la population active étant également les plus concernés par le travail à temps partiel non volontaire, c’est une personne active sur deux qui est affectée par le sous-emploi. Pour mémoire, ces données ne comptent pas les millions d’indigents qui ont renoncé depuis longtemps à chercher un travail.

L’Amérique a évité une dépression, et les mesures de soutien à l’économie adoptées par l’administration Obama y ont contribué, écrivent les rapporteurs du Centre du marché du travail, mais “une véritable dépression de l’emploi touche ceux qui se situent au bas de la répartition des revenus, et une profonde récession prévaut dans les catégories situées au milieu de l’échelle”. Ce sont ces catégories-là, et non les plus pauvres, auxquelles l’administration entend consacrer le gros de son soutien. C’est parmi elles que l’on retrouve ceux qui font appel à une aide sociale pour la première fois : les tickets d’alimentation, par exemple, dont la distribution croît rapidement ; ou encore l’aide au chauffage, demandée par 5,7 millions de foyers américains il y a deux ans, et par 8,8 millions cet hiver – une hausse de 54 %.

Les nouveaux pauvres sont d’abord ceux qui basculent dans le chômage de longue durée. Statistiquement, la catégorie inclut ceux qui n’ont pas retrouvé d’emploi après six mois de recherche. Diverses mesures adoptées depuis un an ont permis de rallonger cette période de douze semaines supplémentaires.

Quand ils perdent leur travail, la quasi-totalité des salariés perdent également très vite leur assurance-maladie… quand ils en détenaient une (ce qui était le cas de ceux dont l’emploi n’était pas précaire). Leurs indemnités de chômage, elles, se situent d’un Etat à l’autre entre 1 400 et 2 600 dollars maximum par mois, quel qu’ait été leur précédent salaire. Après six à neuf mois, ils en sont donc également privés. Aucune prise en charge de la “longue durée” n’existe.

Début 2007, ils n’étaient que 1,7 million dans ce cas. Ils sont désormais 6,3 millions. C’est déjà le nombre le plus important depuis que le calcul de cette catégorie de chômeurs a été instauré, il y a soixante-deux ans. Et d’ici à avril, 2,7 millions de personnes supplémentaires devraient s’y retrouver plongées si rien n’est fait – essentiellement des salariés âgés ou au contraire très jeunes. Les femmes, les strates les moins éduquées et, plus que toute autre catégorie, les Noirs, sont les plus touchés.

Le total atteindrait alors 9 millions. Neuf millions d’ex-salariés dénués de tout revenu, ce sont 20 à 25 millions de “nouveaux pauvres” potentiels en perspective – des gens qui appartenaient aux “classes moyennes” et se retrouvent brutalement plongés sous le seuil de pauvreté, qui se situe actuellement aux Etats-Unis, pour un foyer de 4 membres, à 22 050 dollars (16 280 euros, soit 1 356 euros par mois).

“Perdre toute protection sociale, c’est entrer dans un sous-monde”, explique au New York Times Randy Albeda, économiste à l’université du Massachusetts. Le niveau de la protection est déjà intrinsèquement faible aux Etats-Unis. Depuis la fin des années 1970, nombre de programmes nationaux ont été déférés aux Etats ou annulés. Et selon une récente étude du Center for American Progress, de 1979 à aujourd’hui, le revenu des couches les plus pauvres (17 % de la population), ajusté à l’inflation, a régressé de 28,9 %.

Avec la crise budgétaire que connaissent les Etats américains, la plupart procèdent à des coupes claires dans leurs financements sociaux, ajoutant aux difficultés auxquelles se confrontent les nouveaux pauvres. Dans de nombreux Etats, le niveau de revenu permettant de bénéficier de l’aide alimentaire, sanitaire ou scolaire pour les enfants a été drastiquement abaissé, excluant nombre de ceux qui y avaient précédemment droit… et souvent ces nouveaux pauvres qui auraient pu y prétendre.

De l’intérieur de la Californie au nord de l’Ohio, les prêteurs sur gages font florès : les anciens-salariés-nouveaux-pauvres, ayant épuisé leurs économies, se voient refuser tout emprunt par les organismes de crédit. Or quand elles s’adressent au prêteur sur gages, dont les taux frisent souvent l’usure (ou le franchissent allègrement), ces familles sont déjà lourdement endettées à cause de leurs multiples cartes de crédit à la consommation. Ainsi va cette “Amérique de l’ombre” qui enfle à vue d’oeil.

Le Monde

Commentaires (16)

  1. Le Mississippi séduit par le modèle iranien

    Cet État du Sud profond, qui compte parmi les plus pauvres du pays, a décidé de s’inspirer du système de santé iranien. Cela devrait permettre à ses habitants d’accéder aux soins de base.

    “Dans le delta, c’est sûr qu’on a bien besoin d’aide”

    Issu d’une famille pauvre, Aaron Shirley est devenu le premier pédiatre noir du Mississippi en 1965. Il a subi des violences policières alors qu’il était militant des droits civiques et a contribué à la création du plus grand centre de santé communautaire de l’Etat. Il dirige actuellement une association qui a converti un ancien centre commercial en centre de santé pour les habitants pauvres de la ville de Jackson. Son séjour en Iran ne l’a pas perturbé. “Je me suis senti plus en sécurité en Iran que dans le Mississippi des années 1960”, confie-t-il en riant. Les Iraniens qui sont venus en octobre dernier ont eu, eux, un aperçu stupéfiant de la pauvreté de l’Amérique rurale lorsqu’ils sont arrivés à Baptist Town. Ce dédale de rues boueuses, de terrains vagues couverts d’herbes folles et de cabanes est coincé entre deux voies de chemin de fer et un bayou. Cette ville entièrement noire se targue d’avoir un passé glorieux dans la lutte pour les droits civiques et d’être le berceau du blues du delta. Son cimetière est l’un des trois qui affirment abriter la dernière demeure de Robert Johnson, une légende du blues, mort en 1938. Mais le chômage y est endémique. Il n’y a pas d’école, pas de clinique, pas de centre communautaire, et nombre de maisons occupées sont aussi décrépies que celles qui sont abandonnées.

    http://www.courrierinternational.com/article/2010/02/11/le-mississippi-seduit-par-le-modele-iranien

  2. Et après, certains se demandent encore pourquoi les anglo-saxons (car les british aussi sont dans une béchamel infernale…) tapent à bras raccourcis sur les “PIGS” et notamment, la petite Grèce qui ne peut pas se défendre.

    Outre le fait que cette poudre aux yeux détourne l’attention de leurs propres pays où, selon certains, même français, l’argent serait plus “sain” (!) et maintient les notes de dette souveraine et les cours des Bourses aux niveaux souhaités, ne pas trop parler des abyssales difficultés américaines notamment, permet aux Européens de faire baisser l’euro par rapport au dollar et ainsi, d’exporter un peu plus.

    La Grèce est vraiment le bouc émissaire idéal de tout ce monde.

    Dans une Europe qui se respecterait et qui ne serait pas menée par des épiciers, non seulement cela se saurait, mais la question serait déjà réglée.

    Honte à nos élites, indignes de leurs charges et incapables de donner à l’Europe un autre sens que mercantile.

  3. A l’inverse une marge infime de la population se constitue un gros patrimoine immobilier pour pas chere.
    Si les gens rêvent qu’ils peuvent rebondir tout ira bien, sinon l’absence de parachute va entrainer une hausse de la delinquance effrayante !

  4. ” A l’inverse une marge infime de la population se constitue un gros patrimoine immobilier pour pas chere ”

    Oui mais il faut voir ce que sont ces biens immobiliers, pour la plupart des maisons en préfabriqué livrées déjà monté sur camion. Le terrain ne vaut rien aux USA. Et 90% des maisons ont une durée de vie de + ou – 20 ans. C’est donc un pari assez risqué…

  5. Nom de code : Tuer le Moloch
    Nos Banksters prêtent 25 à 40 fois le montant des dépôts, c’est-à-dire 20 à 40 fois le montant de nos économies et de nos salaires OBLIGATOIREMENT versés sur un compte bancaire !
    Pour tuer le moloch,le liquider, le nettoyer, les envoyer tous en enfer avec leurs amis politiques:
    Retirez toutes vos économies des banques !
    Action mondiale du 15 au 18 avril, initiative de nos amis américains, qui nous ont aimablement précédé de quelques mois sur le chemin de la ruine orchestrée par le cartel mondial bancaire !
    À lire, à diffuser autour de soi, faire sauter la banque pacifiquement, sans effusion de sang, les atteindre par là où ils ont péché d’une avidité sans bornes .
    http://www.taxfree15.com/

  6. @ Erwinn

    En parlant de l’Iran…

    Intervenant devant les représentants du D8 (un groupe de 8 Etats en développement composé du Bangladesh, de l’Indonésie, de l’Iran, de la Malaisie, du Pakistan et de la Turquie), le président iranien a dénoncé le système financier mondial.

    Pour Mahmoud Ahmadinejad, les Etats-Unis ont imprimé au cours des 30 dernières années pour 29 000 milliards de dollars en bons du Trésor et en billets, sans contrepartie réelle. Avec cette monnaie fictive, ils se sont emparés des principales richesses mondiales, réalisant le « plus important vol de l’Histoire humaine ».

    http://www.voltairenet.org/article164335.html

    @ Alcide

    http://www.taxfree15.com/

    C’est une très bonne initiative, il faudrait que 2-3-5% de la population suive et on culbute le premier domino ; ) !!!

    Ca pourrait pas être repris en sondage? Parler de résister c’est bien mais résister c’est mieux. Je pense que je vais pour ma part passer à l’acte !

  7. @ UltimaThom ,
    Oui je pense que nous pouvons agir individuellement à notre niveau même si nous n’avons pas de formation politique ou syndicale particulière.
    La vie est un choix, exerçons notre libre arbitre ,prenons nos responsabilités et de toute manière c’est aussi une sécurité individuelle de tout retirer car si les banques tombent nos avoirs seront indisponibles comme cela est arrivé en Argentine. Les argentins ont vu disparaître leur salaire ,leur retraite toutes leurs économies,par une limitation drastique des retraits possibles permettant juste une survie misérable…
    Une atteinte terrible à leur liberté qui n’a pas fait l’objet d’une grande diffusion dans les médias occidentalles.

  8. @Ultima Thom

    “le terrain ne vaut rien”.

    En France il vaut par des lois qui faussent le marché. Rarefier vous faites monter le prix/m2.

    Pour les USA, ou ailleurs on retombe toujours sur les mêmes données de bons sens. Si le bien est bien fait, bien construit, bien situé sa valeur est certaine… C’est par contre affaire de specialiste de trier le bon grain de l’ivraie !

  9. @ leperigourdin

    ” En France il vaut par des lois qui faussent le marché. Rarefier vous faites monter le prix/m2. ”

    La problématique est totalement différente en France notre espace vital se restreint considérablement, par conséquent les prix des terrains ne reculeront jamais, même si cela dépend effectivement des politiques communales d’urbanisation. Aux états unis il y a encore de grands espaces vierges à perte de vue.

  10. @Ultima Thom
    Entre Evry et Provins (Seine et Marne)ne il y a encore enormement de surface, d’ailleurs il y a beaucoup de betteraviers. Les terrains sont de niveaux, non innondables. proche de Paris.
    C’est la speculation et les faibles COS en France.

    Néanmoins je pense comme vous que la bulle immo epargnera les terrains. Sur les gds espaces se pose quand même le cout des reseaux : eau-elec-assainissement-tel-gaz?.

  11. Euh…ce qui m’a intéressé dans l’article sur la santé,c’est le fait que c’est encore une ville exclusivement noire qui est dans cette “extrême pauvreté”,pas vraiment l’Iran dont je me fous pas mal au fond.

  12. reponse a corso, j´ai vecu en argentine et Non les argentins non pas recuperer 100% de leurs economies.
    En effet le pesos a trés trés fortement devalué et beaucoup ont vus leurs economies fondre comme neige au soleil.
    Encore aujourd´hui ils sont tres retissant a laisser leurs salaires au banques, sitot credités leurs avoirs sont retirrés en especes au guichet.

  13. @ Corso

    Arrétez de dire n’importe quoi! Vous pourrissez tous les commentaires et bien sûr toujours en faveur des financiers.

    Plus personnes ne vous lis. Avec vous plus c’est gros, plus çà passe.

    J’ai un autre pseudo pour vous : Anti-patriotique

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