Une tribune libre de Patrick Reymond

Analysons un peu, aujourd’hui, la création nette d’emplois verts promis. 600.000, nous dit-on : faisons le tour.
Sur les 280 millions de TEP (tonnes équivalents pétrole) annuelles, 140 millions environ (c’est un ordre de grandeur) sont consommées par le logement.
Qu’est ce qu’un logement « vert » ? C’est un logement consommant peu d’énergie et en produisant plus qu’il n’en consomme.
Fort bien. Quels seront ces emplois ?
La réponse est simple :
- On va isoler les murs : à l’intérieur, plâtriers, à l’extérieur, façadiers, et pour les ouvertures, menuisiers. En effet, mettre une fenêtre à triple vitrage, ce n’est pas franchement différent que d’en mettre une à simple vitrage.
- On va changer de génération de chauffage et de matériel. Trop souvent fonctionnent des nanards, avec un rendement déplorable. On prendra peut-être une pompe à chaleur, pour remplacer les convecteurs ou la chaudière. Mais rien de fondamentalement différent. Ce seront toujours les plombiers et les électriciens qui travailleront.
- Les combles seront encore plus isolés. On y mettra des VMC double flux. Là aussi, rien de bien nouveau, les puits canadiens commencent à se répandre ; en général, ce sont des plombiers qui s’en chargent.
- Le solaire thermique et photovoltaïque est, dans un cas, exclusivement du domaine du plombier chauffagiste, et dans l’autre cas, souvent de son domaine, sinon de celui de l’électricien.
- Les récupérations d’eau pluviales aussi, sont du domaine du plombier.
Pour résumer, ça commence mal, car la moitié des économies d’énergie sera assurée par des professions déjà existantes et qui se contenteront de faire évoluer leur gamme.
Bien entendu, on peut y ajouter quelques bureaux d’études, quelques architectes, etc.
Deuxième temps, les transports. Ils consomment le quart de l’énergie. Là, on peut dire que la production changera de gamme aussi, fini le temps où, selon les constructeurs en général et GM en particulier, les gens se foutaient de ce qu’ils mettaient dans leur voiture.
Toute la gamme de moyens de transports sera donc plus sobre. Mais cela ne créera pas un pet d’emploi.
En attendant, on retaillera peut être un réseau fluvial et un réseau ferroviaire. Mais, cela, c’est du BTP. Si les péniches circulent mieux, ce sera aussi une destruction nette d’emploi, une seule vaut bien des wagons et bien des camions. Il faudra simplement recreuser quelques canaux et rouvrir les ports fermés au XIXème siècle.
Là, non plus, ce n’est pas gagné ; donc, au plus, verra-t-on la reconversion des grandes entreprises de BTP et de matériels de transports.
L’industrie, dernier quart de la consommation, est, elle, dans une optique d’économies d’énergie depuis deux siècles. On y cherche l’efficacité énergétique, et on l’obtient, surtout quand on n’est pas em… bêtés, par le système politique, soit qu’il ne bouge pas (soviétique), soit qu’il pollue comme un cochon au nom de l’efficacité économique (USA), soit qu’il mise tout sur les baisses de salaires (délocalisations) et pas du tout sur le reste, et pollue, lui aussi, comme un cochon.
Là encore, donc, rien de nouveau.
Passons maintenant à la question des productions d’énergies renouvelables :
- EDF produit déjà du renouvelable, avec les barrages, et dispose déjà de cadres techniques pour le faire, techniciens, ingénieurs, etc.
- Pour les éoliennes, les hydroliennes, c’est une partie en usine, l’autre partie sur site. La partie usine sera faite avec la technologie actuelle, c’est à dire très peu de personnel. Le reste, c’est du BTP.
- Les agro-carburants ne « profitent » qu’aux gros agriculteurs (quand ils en profitent, car le marché s’avére cyclique) et la question de leur perdurabilité est de mise.
- L’énergie bois crée très peu d’emplois. Très capitalistique, il y a longtemps qu’elle a fait le choix de se passer de main-d’oeuvre, au profit de machines. Au mieux, permet-elle de recycler des déchets, au pire, empiète-t-elle sur des produits déjà existants (la sciure permettait de fabriquer de l’aggloméré).
Car il faut bien voir le « double-effet » kiss cool de la mutation énergétique. D’un côté, la consommation va décroître, volontairement ou involontairement ; de l’autre, mécaniquement, le renouvelable, même en restant à son niveau, va augmenter (il double, si l’on diminue la consommation de moitié).
Pour ce qui est des emplois « verts », ce seront des emplois liés à des investissements de longue durée, mais qui ont pour effet immédiat, aussi, de détruire d’autres emplois.
Prenez, par exemple, le solaire thermique. C’est, pour une maison, un chantier court, quinze jours à un mois, pour un zingueur (trois jours), un plombier et son aide (une semaine à eux deux) ; en tout, à eux trois, cent heures de travail.
Un chauffe-eau, crée donc, la première année, 0,06 emploi. Mais l’économie (la réduction de consommation) de l’un (vous, le consommateur), c’est la perte du chiffre d’affaires de l’autre (le fournisseur de l’énergie que vous ne consommez plus), que l’on peut estimer à 0,03 emploi.
On le voit : le gain est insignifiant la première année, et négatif la troisième. Encore faut-il que, la première année, ce soit un travail SUPPLEMENTAIRE qui soit crée. Ce qui n’est pas évident. En effet, le changement de système intervient surtout quand l’ancien est à bout de souffle…
En outre, le gain n’a lieu que la première année, la perte se répercute sur la totalité de la durée de vie du matériel…
Toute réduction de consommation va entrainer des destructions d’emplois.
On peut donc parier, sans risque d’erreur, que la création d’emplois « verts » ne se verra même pas contrariée par la baisse symétrique d’anciens emplois qui, eux, se verront détruits sans rémission.
Depuis 1950, la durée de travail baisse constamment. Le chômage est une conséquence d’une plus grande efficacité productive, reportée sur les salariés.
C’est donc l’organisation totale de la société qu’il faut revoir.
Les Occidentaux et les Français du Moyen-Age ne vivaient pas que dans le travail ; la vie était rythmée par un chômage organisé, autour de fêtes, nombreuses et récurrentes (dimanches et fêtes de saints, soit environ 130 jours chômés par an), contrastant avec les quelques périodes de travail intense (les labours et les récoltes), ou les jours où l’énergie était disponible (aux moulins à vent et moulins à eau) et les périodes où l’on faisait semblant de travailler (les corvées, 40 jours).
Dans le livre « Montaillou, village occitan » (1294-1324), on peut constater que les villageois ont beaucoup d’activités (épouillages, bavardages, controverses, scènes de ménages), mais travaillent à un rythme qui ferait passer les Corses pour des hyperactifs caractériels et compulsifs.
Quant aux liens de dépendances organisant la société, ils interdisaient aussi de se débarrasser de qui que ce soit, d’où le scandale des nobles, quand, après la crise de dépopulation de 1347-1351, leurs gens se mirent à aller voir ailleurs, si l’herbe était plus verte.
Au niveau de la charge de travail, nous pouvons donc envier nos lointains ancêtres qui, eux, vivaient dans une société 100 % « renouvelable ».
(N.B. : cet article est libre de droits de citation et de reproduction ; nous demandons cependant à tout utilisateur de bien vouloir citer Fortune comme source).










Aie Aie Aie un texte qui va à l’encontre de la vérité obligatoire.
Le coureur à dit la vérité il doit etre exécuté .
A mon avis les seules créations d’emploi auront lieu dans des structures déjà existantes. Ainsi le plombier pourrait embaucher du personnel supplémentaire pour faire face à la demande…Et encore, étant donné le grand nombre de plombier, la masse de création d’emploi pourrait s’étaler en fine couche sur l’ensemble des plombiers…
Il est vrai que dans notre société trés automatisée, il n’est plus possible d’offrir facilement un emploi à chacun.
Mais je ne suis pas du tout du tout le raisonnement: on fait des économies d’énergie, et donc au final ça va faire moins de boulot à d’autre et donc plus de chômage! C’est le même raisonnement que « il ne faut pas mettre des machines automatiques à la place de guichetier ou d’ouvrier ça fait du chômage » qui est complètement absurde:
1- si l’économie d’énergie se fait sur le pétrole, c’est d’autant moins d’argent refilé aux pays pétroliers en bout de chaine.
2- Cet argent économisé peut servir à consommer ou investir dans d’autres secteurs, que ce soit le saucisson d’âne, les clubs de golfs ou la bière du bistrot d’en face. Cet argent n’ira peut-être pas aux même mais ne sera pas « perdu » et pourra créer autant d’emploi.
3- C’est complètement décadent que de refuser la modernité (ici quelque chose qui rend le même service, à prix moindre et moins polluant) sous pretexte de l’emploi. On pourrai aussi revenir au moyen âge en bazardant tout le méchants tracteurs qui font le boulot de centaines de paysans aussi!!!!
Après je suis complètement d’accord qu’il ne sert à rien que certain travaillent 50h/semaine quand plein d’autres sont aux chômage. Cela dit, je vois plein de secteurs qui mériteraient un énorme investissement et qui pourraient être créateurs d’emplois: production de carburant à partir d’algues, récupération et recyclage de tous les matériaux (quelle honte de voir tous ces ordinateurs repartir en chine quand on sait tous les métaux precieux qui sont à récupérer), remise à niveau de nos ports maritimes, et pourquoi pas des canaux, et bien d’autres chose encore.
Enfin, le problème du chomage, c’est les délocalisations, on est d’accord. Et le SEUL remède pour contrer ce phénomène, c’est de revenir à des taxes à nos frontières pour faire payer le dumping fiscal+écologique+salarial des autres pays. Il suffirait de taxer ce qui vient de tous les pays selon un barème dépendant de:
-La fiscalité du pays. Plus c’est un paradis, plus on taxe.
-Le respect des travailleurs et le salaire moyen. Plus la main d’oeuvre est sous-payée et sous protégée dans ledit pays, plus on augmente les taxes
-Eventuellement le respect de l’environnement, des droits de l’homme ou je ne sait quoi d’autre mais qui est plus difficile à quantifier.
Après ça nos sociétés seront à pied d’égalité avec les étrangère, et vous verrez comme par miracle les boîte françaises relocaliser.
Si on est pas capable de mettre ça au point avec l’Europe (c’est sûr que l’on en sera pas capable), alors il faudra le faire aux frontières de la France.
J’ai entendu un jour à propos des « emplois verts » que cela consistera à faire fonctionner la bétonneuse. Cet article confirme cela.
Merci Patrick Reymond!
Les emplois verts c’est une religion, on nous a déjà fait le coup avec l’industrie des services (nous allions tous être ds le tertiaire années 80), puis on nous a refourgué le concept sur le service à la personne…Rien de concret c’est du vent.
Tirer de l’energie des algues consommera plus d’energie qu’elles n’en produiront ! Idem photovoltaique !
toujours aussi agreable à lire
monsieur Reymond.
merci
Sur le thème des emplois verts… voici une étude espagnole assez intéressante, qui soulève quelques « problèmes causés par le subventionnement de ces emplois:
Universitad Rey Juan Carlos. – Study of the effects on employment of public aid to renewable energy sources. – 2009
http://www.juandemariana.org/pdf/090327-employment-public-aid-renewable.pdf
On y apprend notamment que chaque emploi vert… détruit deux emplois « normaux » (p. 29):
« for every green job, we can be highly confident that 2.2 jobs are destroyed elsewhere in the economy, to which we have to add those jobs that the non-subsidized investment would have created. »
Mais les Espagnols peuvent se le permettre, ils n’ont qu’à peine 19% de chômage…
Une fois n’est pas coutume, je ne suis pas du tout d’accord avec Patrick Raymond, le Paco Rabanne de l’énergie.
Sebz dit vrai: ce qu’il y a d’intéressant dans l’économie verte, ce ne sont pas vraiment les pseudo-emplois dans l’isolation et les économies d’énergie, c’est surtout la suppression d’importations massives, qu’elles soient remplacées par une production locale (électricité) ou pas.
La valeur d’une importation supprimée est bien supérieure à sa valeur apparente, car l’argent économisé peut continuer à circuler dans le pays et faire autant de revenus additionnels sur son passage.
Le plus dramatique serait de remplacer les importations de pétrole par des importations d’éoliennes ou de batteries chinoises. Dans ce cas, on aurait tout perdu.
@merlin
L’affaire est déjà pliée… Cela me fait penser au paysan sur son tracteur etranger beuglant pour dire au français d’acheter leurs productions française….Paradoxe quand tu nous tiens !
Rien ne peut être produit mieux et moins chére chez nous, impossible. Nous vivons sur l’inertie industrielle qui s’effrite.
Voici un lien sur une courte présentation de l’écologie idustrielle par Suren Erkman, professeur d’écologie industrielle à l’Université de Lausanne. L’écologie industrielle est une réponse aux grandes menaces qui pèsent sur la viabilité de la planète pour l’Homme et vise à révolutionner en profondeur notre système de production. Cela ne se fera pas sans la création de nombreux postes à haute valeur ajoutée.
Une autre source d’information est la discussion autour du dernier livre de Jean Gadrey sur le thème « Décroissance et emploi ». Produire moins, mais avec une qualité et une durabilité accrue et créateur d’emploi, selon M. Gadrey.
@leperigourdin
il ne faut pas sous-estimer la possibilité qu’a le réel de parvenir à des résultats surprenants…
Le protectionnisme, ou bien l’écroulement de l’euro par rapport au Yuan auront pour effet de modifier la donne en profondeur.
Et un écroulement arrive beaucoup plus vite qu’on ne s’y attend. En Russie, en Argentine, cela a pris moins d’un an. En Islande, en 2006, il fallait 90 couronnes pour un euro. Aujourd’hui il en faut 180… après un sommet à 340 peu après la crise bancaire: division par 6 en 6 mois! Si de tels écarts de taux apparaissent dans le rapport euro/Yuan, les importations chinoises deviendront inaccessibles et il sera devenu moins cher de produire local.
cela pourrait arriver au moment de la prochaine crise. Personne ne peut en prévoir le moment de déclenchement.
Pour ma part, j’ai l’impression que produire ici ne coûte pas plus cher que chez les jaunes. C’est juste qu’en produisant en France, tu ne peux pas embourber la marge dans les paradis fiscaux.
En effet, comment un T-shirt peut-il coûter entre 15 et 50€?
C’est quoi ce foutage de gueule? Un T-shirt sorti usine çà coûte 20cts maximum et çà arrive à 15/50€ sur nos étals?
En quoi le consommateur profite-t-il d’un quelconque gain sur son pouvoir d’achat?
On peut fabriquer en France, mais personne ne veut le faire parce qu’il est plus difficile de faire de l’évasion fiscale et que la rapport risque/gain est minable du fait du niveau de taxation.
Résultat, non seulement on ne profite pas de prix bas mais en plus on détruit notre économie…
@abrutix
Oui on peut produire mais la grande distribution est au main d’apatride, tout produit ne generant pas un grand profit sera banni des etales. Concernant l’economie verte c’est une fumisterie pour l’instant qui finira de ruiner notre economie en faisant rêver…