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La retraite à 62 ans, un échec annoncé

Ainsi, le gouvernement (ce n’est pas une surprise) a décidé d’axer ses réformes des retraites sur l’allongement de la durée du travail : mais a-t-il les moyens de sa politique?

C’est, certes, une bonne chose que d’avoir abandonné le discours libéral à la mode il y a 10 ans, selon lequel l’avenir, c’était la capitalisation (qui ne créé aucune richesse supplémentaire, et ne met pas fin à la solidarité entre générations, comme l’a montré Jean-Paul Fitoussi) discours difficilement tenable après la crise financière qui a vu beaucoup de Britanniques et d’ Américains perdre la quasi-totalité de leur retraite… mais ce n’est qu’un changement de discours, pas d’objectif.

Je ne vais pas reprendre ici l’analyse classique des multiples paramètres jouant sur la retraite par répartition, le principal étant le chômage, dont la disparition ne se proclame pas par décret (il implique une modification radicale, et qui prendra du temps, de toute la politique économique et monétaire européenne, car, au niveau national, comme l’a dit Mitterrand, « on a tout essayé ») .

Problème démographique

Mais il faudrait que chacun admette enfin que l’allongement spectaculaire de l’espérance de vie et la modification du rapport entre actifs et retraités pose, toutes choses égales par ailleurs, un problème qu’il serait vain de nier : percevoir sa retraite en moyenne pendant moins de dix ans, comme c’était le cas en 1945, ou la percevoir en moyenne pendant 22 ans comme aujourd’hui (voir évolutions de l’espérance de vie à 60 ans et de l’âge de la retraite) change évidemment la nature du problème.

Il ne faut pas oublier que, lorsque Bismarck a institué la retraite, il a demandé à des démographes de lui dire à quel âge il fallait la fixer pour que le système ne coûte rien; et la réponse ayant été 60 ans, c’est ce chiffre qui a été retenu (ce qui l’avait beaucoup amusé, parce qu’il avait 70 ans à l’époque).

Âge comparatif du départ à la retraite dans différents pays de l’ UE (qu’il faudrait évidemment comparer aussi par le montant de cette retraite par rapport au dernier salaire)

Allemagne, Chypre, Espagne, Finlande, Irlande, Luxembourg, Pays-Bas, Portugal, Suède : 65 ans ;
Autriche 60 ans (femmes) / 65 ans (hommes);
Belgique 63 ans (femmes) / 65 ans (hommes) avec une égalisation progressive à 65 ans au 1er janvier 2009
Danemark 67 ans ;
Estonie 59,5 ans (femmes) / 63 (hommes);
France 60 ans ; Grèce 60 ans (femmes) / 65 ans (hommes) ; Hongrie 62 ans
Italie 57 (femmes) / 65 ans (hommes) ; Lettonie 60,5 ans ; Lituanie 60 ans (femmes) / 62 (hommes) ;  65 ans ; Malte 60 ans (femmes) / 61 (hommes)
Pologne 60 ans (femmes) / 65 ans (hommes) ; République tchèque 61 ans (femmes) / 62 ans (hommes) ; Royaume-Uni 60 ans (femmes) / 65 ans (hommes) ; Slovaquie 62 ans ; Slovénie 61 ans (femmes) / 63 ans (hommes) ; 65 ans

(Pour le type de retraite dans chaque pays et leur part de capitalisation, voir ici).

L’exemple finlandais

Retarder l’âge de fin d’activité permettrait d’augmenter le niveau de production et d’équilibrer les systèmes de retraite sans réduire le niveau des retraites. Encore faut-il que les seniors soient effectivement employés. Avec 37,8% le taux d’emploi des seniors en France est un des plus faibles d’Europe, la moyenne de l’Union européenne étant de 42,5% ; mais le succès le plus spectaculaire est certainement celui de la Finlande.

Au début des années 1990, la Finlande avait un taux d’emploi des seniors aussi bas que celui de la France ; il est aujourd’hui le plus élevé de tous les pays européens (52 %) . Elle a établi une stratégie innovante d’intégration des salariés expérimentés, en mettant l’accent sur la prévention plutôt que sur l’encouragement à la prolongation dans l’emploi ou sur le découragement des sorties précoces.

Cette stratégie repose sur quatre piliers:

  1. l’amélioration des conditions de travail et l’enrichissement des tâches, qui augmentent la probabilité de maintenir les capacités de travail. En revanche, de mauvaises conditions de travail jouent en sens inverse.
  2. La mise en valeur de l’expérience. Dans le domaine de la communauté de travail, l’utilisation de l’expérience s’avère fortement reliée à une bonne capacité de travail ; et inversement.
  3. La bonne santé de l’individu. Il a été montré que la pratique des activités physiques et artistiques stimulent la créativité et l’innovation.
  4. Une formation professionnelle tout au long de la vie.

Mais si cette stratégie a obtenu de tels résultats, c’est parce qu’il y a eu un fort compromis entre tous les acteurs :elle suppose, en effet, une action de longue haleine, qui n’est possible que si les partis au pouvoir, les partis d’opposition et la totalité des syndicats adhèrent à cet objectif , et renoncent définitivement à en faire un motif ou un prétexte d’affrontements.

C’est cette unanimité, dans la durée, de tous les acteurs politiques et sociaux qui explique ce succès, qui est sans doute beaucoup moins dû aux mesures elles-mêmes qu’à un changement de la perception de toute la société –et notamment des employeurs- des « plus de 60 ans ».

Un sujet explosif

La France n’a guère cette tradition d’accord entre partis au pouvoir et d’opposition d’une part, entre l’État et partenaires sociaux d’autre part ; au contraire, la façon dont Nicolas Sarkozy a traité les uns et les autres depuis deux ans et demi n’a fait que rendre cette coopération encore plus difficile.

Il est donc logique de prévoir que si le gouvernement, faute de contre-propositions crédibles de l’opposition, arrivera à faire passer cet allongement de ce qui est abusivement appelé la durée du travail (2 Français sur 3 ont cessé toute activité professionnelle à 57 ans), celui-ci ne se traduira que par une augmentation du nombre de seniors à la charge de la société et par une diminution du montant de leurs allocations-chômage, de leurs préretraites, et de leurs durées de cotisations, donc de leurs retraites.

C’est certainement l’aspect le plus scandaleux de cette réforme des retraites: une génération va être sacrifiée pour passer d’un système (répartition) à un autre (capitalisation obligée, par diminution progressive de la répartition).

Le raisonnement des politiques et des économistes est simple et cynique: une génération a été privilégiée, ceux qui sont partis à la retraite à partir de la fin de la guerre, et qui ont bénéficié de a retraite par répartition sans avoir cotisé; pour changer de système (passer à la capitalisation), il faut en sacrifier une autre, celle qui aura cotisé et ne la touchera pas.

En oubliant que

  • cette dernière n’aura pas capitalisé, parce qu’elle aura fait confiance à la parole de l’ État
  • État qui, gouverné par la droite ou la gauche, n’aura pas fait l’effort de mettre en place un système de transition pour qu’aucune génération ne soit sacrifiée, le sujet étant électoralement explosif.

Marianne

19 commentaires pour La retraite à 62 ans, un échec annoncé

  • Christopher Johnson

    Ce n’est pas seulement une génération qui sera sacrifiée : c’est toutes celles qui suivent les baby boomers. Ils ont tout détruit, de l’organisation du travail à la monnaie, du modèle de protection commercial français à l’éducation nationale. Plus rien ne tient debout.

    Après eux, le déluge.

  • Corso

    Le problème premier sur lequel il faut se battre est celui des fausses statistiques et de leur mauvaise utilisation :

    Concernant les retraites le calcul de l’espérance de vie est celui qui commence à 20 ans (début du travail) et non à la naissance car les bébés ne travaillent pas !
    Selon ce calcul, les chiffres sont beaucoup plus bas.

    Autre notion : la retraite est la garantie minimum pour un travail forcé durant un certain temps.
    La question est donc de savoir quelle période de travail forcé est nécessaire pour avoir une garantie minimum ?
    Elle n’a pas pour mission de poursuivre sans travail les avantages énormes acquis par certains durant leur période de travail.
    Il faut rappeler que ce sont les retraites « ouvrières » (plus de 75% du lot) qui financent les retraites « ingénieurs » et non le contraire.

  • Corso

    Il me faut répondre à une énormité qui est dite (attribuée à Fitoussi par l’article)(mais il y en aura d’autres !) sur la capitalisation :

    Il est évident que la capitalisation est le seul moteur possible et accepté de la retraite et cela par tout le monde !

    La question qui se pose est de définir laquelle et de savoir QUI la gère ?

    Une capitalisation privée à rendement court pour les investisseurs ? A rendement dynamique (donc spéculatif) ? Une capitalisation fermée basée uniquement sur l’effet de levier des actifs ? Une capitalisation d’état à régime sec ? (c’est à dire sans péréquation sociale). Par les partenaires sociaux ? Une auto-gestion ? le versement libératoire à terme des avoirs ? semi libératoire etc… etc…

    La capitalisation est partout et seul outil.
    Il faudrait avoir oublié toute sa mathématique de base pour dire le contraire.
    Le terme utilisé habituellement est celui très polémique de capitalisation = droite = privé contre répartition = gauche = sociale.
    Le mauvais axe pour bien réfléchir sur ce point essentiel !

  • SPOILER

    L’idée d’une retraite plus tardive fait son chemin en France

    Le Parti socialiste français semble désormais prêt à abandonner le dogme de la retraite à 60 ans, ce qui pourrait changer la donne dans le débat sur la réforme du système de retraite ouvert par Nicolas Sarkozy.

    http://fr.news.yahoo.com/4/20100119/tts-france-retraites-ps-ca02f96.html

  • beligue

    Travailler plus longtemps,étant vaillant de nature je n’y étais pas opposé d’autant plus que le matériel dans mon activité a fait d’énorme progrès(la viticulture) mais fatigué par une règlementation oppressante je n’aspire qu’a une chose prendre ma retraite à 60ans d’une manière ou d’une autre c’est à dire soit en disposant de mon capital ou en profitant du système.Je pense, je suis sûr que beaucoup de personne sont dans mon cas par ex ma kiné….

  • beligue

    « Monsieur le Président il va bientot falloir que vous mettiez à travailler car bientot il n’y a aura plus que vous et moi pour travailler » C’est ce que disait le premier ministre au Président de la république après avoir enlever du nombre des gens en age de travailer les chomeurs,les rmistes,les malades les prisonniers,les retraités…etc dans un scketche de Vincent Macdame

  • leperigourdin

    @corso
    La capitalisation, c’est miser sur une economie, nationale ou mondiale… C’est dangereux quand toute l’eco elle, est basée sur le petrole…N’oubliez pas aucune alternative pour les tracteurs !
    Capitalisation oui si l’on a une persective sur 70-80 ans sinon comme dans une pyramide il y aura des cocus les derniers entrants !

  • Corso

    Surprenant non ?

    4 posts pour un sujet immense qui touche tant de monde !
    On a juste oublié d’y réfléchir et tout simplement pas l’envie de s’en occuper.
    Bercée par les communiqués de Presse du gouvernement et les articles du Monde (c’est pareil) que l’on se contente de commenter à la va-vite, la France roupille.
    Personne ne manquera pas ensuite de se plaindre lorsqu’il sera certain que tout est bouclé.

    On peut comprendre pour Marianne dont les rédacteurs sont payés à la quantité de publicité recueillie, mais pour les patriotes qui n’ont pas de ces avantages et sont libres de parole ?? Voila bien la tristesse.

    Au passage : Autre énormité dite par le magazine Marianne sur les retraites, certains n’auraient pas cotisé (vers la fin du texte).
    Les fonctionnaires soit le quart de la population disposent d’une retraite depuis plus de 100 ans au moment de la fin de la guerre lorsque les français « ordinaires » y accèdent enfin.
    Il y a des retraites privées que des sociétés avaient organisées qui sont confisquées et fondues dans la Caisse générale (hors celle des fonctionnaires).
    Il faut aussi noter que la retraite n’est versée qu’à ceux qui la réclament, beaucoup ne sont pas informés et dépendent du secours catholique, des familles et autres.
    La retraite des paysans (10 millions de personnes avec les femmes) n’existent pratiquement pas car l’on considèrent qu’ils vivent sur la ferme (reprise par le fils)
    Les salaires étaient établis dans un serpent étroit qui autorisait un lissage qui n’est plus possible aujourd’hui mais qui justifiait le calcul adopté, sans oublier qu’il n’y avait pas d’organismes de retraites privées pour les élites : Monsieur Proglio n’abonde pas au régime général pour ses cotisations hors une franchise éventuelle de base.

    Enfin, et les journalistes de Marianne, syndicats divers et autres ont toute leur responsabilité au delà du concept de répartition dont le terme n’était pas vraiment explicité, les français ont cru jusqu’à la fin du siècle qu’il s’agissait d’une capitalisation d’état : les fruits d’un rendement engagé et géré pour eux par l’état !
    Ce qui, avec les années de forte croissance leur permettait de ne pas imaginer que l’on puisse manquer.

  • Ultima Thom

    Franchement repousser l’age de la retraite quand des millions de jeunes sont au chômage est une absurdité qui n’a d’égale que celle de ceux qui sont prets à accepter cette régression sociale historique.

    Moi j’ai la solution taxer les banques et les transactions à but spéculative. Et faire que les jeunes puissent réellement commencer à bosser à 20 ans et pas à 30 comme ça se généralise. J’oubliais le rapatriement de quelques millions d’allogènes qui pèse sur la balance sociale de la France de façon intenable…

    Franchement vous voyez une infirmière de 62 ans faire des toilettes ou vous chercher une veine? Un maçon pousser une brouette ou escalader un echafaudage, un pompier etc…

  • Colère

    Etant une femme, j’en parle facilement : pourquoi nous, femmes, ne partirions nous pas à la retraite 5 ans après les hommes ? Mon mari décèdera statistiquement 8 ans avant moi après après travaillé toute son existence. En partant à l’heure actuelle 5 ans après moi et en vivant 8 ans de moins, il profitera de 13 ans de retraite de moins. Cela n’est pas juste.

  • Richelsdorfite

    Tout va trés bien Madame la Marquise, tout va très bien, tout va très bien !

  • Imperator.

    Ça fait 30 ans qu’on aurait du réformer le système par répartition. Maintenant et à l’avenir, il va falloir y aller aux forceps… Enfin si on a la volonté de sauver ce système.

    Repousser l’âge de la retraite n’est pas mauvais en soi, mais il faut le faire dans un cadre très large de réforme.

  • 9thermidor

    à qui la faute ?

    bien difficile à dire quand on scrute les moeurs d’un pays démoralisé et décadent.

    il y a néanmoins un facteur esentiel:
    pilule et avortement ont massacré les futurs cotisants.

    on ne peut pas jeter le bébé à la poubelle
    et aussi lui demander de payer les retraites.

  • leperigourdin

    @corso
    Tout est dit dans votre poste, l’ouvrier cotise pour les CSP+ (categorie socioprofessionnelle superieur), etant donné que les CSP+ vote et sont un lobby vous constaterez que l’idée de justice est oubliée. Comme c’est dèjà ecrit, le plus juste est de dire on vous indemnise 15 ans car votre categorie à tel esperance de vie donc: un ouvrier prendra la retraite à 58 ans et un enseignant à 74 ans, une femme à 73 etc… Mais nos elites ne le feront jamais car les ouvriers sont simples à endormir.

  • Délesté au chômage non indemnisé depuis que quinqua (pour faire préférer des plus jeunes ou d’autres d’ailleurs), ne touchant plus rien, j’apprends à mes 60 ans (au printemps 2008) que la CRAM ne me compte que 143 trimestres et ne me laisse espérer qu’une invivable retraite de 359 €, après les 65 ans soit après une quinzaine d’années de chômage spoliateur, le 1/3 du seuil de pauvreté.
    Puisque les préservés du chômage non indemnisé touchent, eux, une retraite vivable depuis les 57-60 ans (sans amputation préalable de leurs rémunérations), force est de vous interpeller encore pour compenser les 17 trimestres défaillants à la CRAM.
    Que préférez-vous ?
    ♦ Soutenir de «travailler plus longtemps pour la retraite» soit à me confier du travail rémunéré; lequel alors qu’on m’en refuse depuis 14 années (mon CV détaillé est exposé sur le site ci-dessous noté).
    ♥ soutenir les 5 années d’équivalences «retraite» du chômage non indemnisé, permettant une retraite vivable comme les autres.
    ♠ verser le 1% de pénalisation, ce qui représente
    quelques 15 euros par paie ou rémunération ;
    ce que, faute de mieux, je ne peux qu’accepter.
    A+ http://www.vieuxauchomage.com

  • Faisant partie de la génération qui paie mais ne touchera rien, je peux vous dire que je l’ai mauvaise et que seul une relance du marché intérieur par une politique protectionniste natio ou européenne pourra résorber le chômage de masse qui pèse sur le système.
    Ensuite, continuer à asseoir le financement des retraites sur le seul travail, qui devient une denrée de plus en plus rare et de moins en moins rémunératrice, faut vraiment être un homme politique pour faire une chose pareille…

  • leperigourdin

    @abrutix

    Aprés relecture de tous les posts dont le votre, je m’interoge, sommes nous naifs ? L’ensemble du problème a été balayé au travers des posts :
    -diminuer la pression des allogenes sur notre systeme,
    -revoir le debut du travail et les periodes de chomage
    -comparer (avec les autres pays) non pas le depart théorique mais le reel
    -utiliser le parametre de l’esperance de vie pour chaque CSP
    – revoir l’assiette des taxes
    Voila la base qui ne verra jamais le jour car elle n’avantage pas les elites, ni les bobos votants.

  • à Le Périgourdin,

    Je ne peux que me ranger à votre résumé: il a le mérite de la limpidité et de la justesse.

  • A Mr « SOILER » qui dit que : « Le Parti socialiste français semble désormais prêt à abandonner le dogme de la retraite à 60 ans, … »
    Reste que le SES (système économique et social) aboutit selon le Pt du Groupe UMP à 1.600.000 personnes de 55 à 64 ans qui sont sans emploi, sanschômage et sans retraite, pendant que les conscrits préservés du chômage non indemnisé touchent tranquilement la retraite depuis les 57-60 ans.
    A quand moins de http://www.vieuxauchomage.com

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