Qui veut acheter les Etats-Unis ?

Ou plutôt : « qui le veut ENCORE » ? C’est la question que pose l’économiste suisse Michel Santi.

Avec un montant total de 529 milliards de dollars sur les neuf premiers mois de l’année 2009, les ménages américains – échaudés par la crise et donc, en mal d’investissements sécuritaires – se sont révélés les plus gros consommateurs de bons du Trésor de leur pays, raflant ainsi 45% de toutes les nouvelles émissions de papiers valeurs US et contribuant, de manière décisive, à maintenir les rendements sous pression.

Quant à la Réserve Fédérale US, elle s’est montrée, l’an dernier, championne toutes catégories dans l’acquisition d’obligations émises par des instituts proches de l’Etat Fédéral (comme Fannie Mae et Freddie Mac entre autres), puisqu’elle a effectivement dépensé plus de 800 milliards de dollars à cet effet sur la même période, alors que les investisseurs étrangers, eux, ont, pour solde, écoulé pour quelques 110 milliards de dollars de ces obligations…

L’hyperactivité de la banque centrale américaine qui, prétextant les baisses de taux quantitatives, a acquis 50% des nouvelles émissions de la trésorerie américaine au deuxième trimestre 2009 et près de 30% de ses émissions au trimestre suivant, a été relayée – et soutenue – par le consommateur US, qui s’est montré extrêmement friand, vis-à-vis d’un type de placement qui s’apparente plus, aujourd’hui, à un gigantesque schéma de Ponzi qu’à une dette souveraine AAA !

Certes, les Etats-Unis – et avec eux le reste du monde – doivent-ils à ces baisses de taux quantitatives – et donc, en partie, aux ménages américains – d’avoir pu maintenir leurs taux proches du zéro et d’être, ainsi, en mesure d’injecter force liquidités dans leur système financier au bord de la banqueroute. Pour autant, ces ménages – et ce consommateur – US, représentent pour Wall Street une proie facile à convaincre – et à plumer -, dans une conjoncture où la trésorerie américaine éprouve une peine dramatique et sans précédent à écouler ses bons en direction de son marché traditionnel, à savoir à l’étranger.

Il est effectivement de notoriété publique que c’est l’appétit de l’investisseur non américain – privé, institutionnel et gouvernemental – qui a autorisé la trésorerie US à procéder, ces vingt dernières années, à des levées massives de fonds, ayant financé tout à la fois le train de vie du Gouvernement (guerres comprises), la consommation caricaturale du citoyen moyen et, au passage, quelques bonnes bulles spéculatives… Les autorités américaines ont néanmoins trouvé, aujourd’hui, une parade bien pratique pour contourner cette volte-face des investisseurs étrangers.

En effet, la Fed imprime des dollars qui permettent l’acquisition de bons émis par le Trésor et par les agences affiliées ! La banque centrale américaine procède, tout bonnement, à des simulacres d’émissions obligataires réussies, mettant en scène des bons qui « trouvent » toujours des acheteurs et ce, au nez et à la barbe d’un marché complaisant, qui applaudit de toutes ses mains, car seulement préoccupé par les apparences.

Aujourd’hui, en 2010, les Etats-Unis d’Amérique, leur notation AAA, leur devise et même leur mode et train de vie, se retrouvent le dos au mur car, en l’absence d’une amélioration rapide de leur balance commerciale et d’un rétablissement de leur croissance, il leur sera impossible de poursuivre le financement des baisses de taux quantitatives, c’est-à-dire de ces achats de bons du Trésor et autres obligations plus ou moins corrélées à l’Etat, par l’intermédiaire de ménages pressés comme des citrons, ou par une planche à billets ayant craché tout ce qu’elle avait dans le ventre !

Cet électrochoc à répétitions des baisses de taux quantitatives – simple manipulation consistant à comprimer les taux d’intérêts au possible – n’a, en réalité, fait qu’amplifier des comportements peu scrupuleux – voire pervers – préalables à la crise et ayant débouché sur cette même crise.

Une occasion unique a été grossièrement ratée par l’ensemble des dirigeants occidentaux qui, saisissant l’opportunité d’une accalmie grâce aux baisses de taux quantitatives, auraient pu corriger et purifier les distorsions du système financier, tout en équilibrant le processus de distribution des ressources dans nos sociétés et en assainissant un commerce international dominé par les déséquilibres…

Par quel miracle, les ménages américains continueront-ils en 2010 à épargner (c’est-à-dire, à thésauriser des obligations d’Etat), tout en consommant suffisamment pour faire progresser leur PIB… le tout, dans un contexte de marché immobilier toujours déprimé et de revenus stagnants ? Subsidiairement, pourquoi le monde serait-il plus attiré aujourd’hui par les exportations américaines?

En réalité, les USA sont proches du point de rupture, à moins que Bernanke et ses acolytes n’aient un plan B ou que l’administration actuelle ne mise sur un facteur exogène – comme une guerre ? -, qui doperait la relance. A mon sens, les dirigeants américains sont saisis par le déni… pendant que leur Empire sombre.

Gestion Suisse

Commentaires (5)

  1. les Etats-Unis d’Amérique [...] se retrouvent le dos au mur car [...] il leur sera impossible de poursuivre le financement des baisses de taux quantitatives, c’est-à-dire de ces achats de bons du Trésor [...]

    Mais non, voyons, tout est possible car…
    c’est la FED elle-même qui a acheté 80% des US Treasury Bonds de 2009 !

    Avec extrait vidéo à l’appui :
    http://www.jovanovic.com/blog.htm

  2. La FED accorde des prêts aux grandes banques et institutions financières à un taux proche de zéro. Ensuite, avec cet argent gratuit, ces mêmes banques achètent les bons du trésor US qui eux sont rémunérés entre 3 et 4%…facile de faire des bénéfices…Ce n’est donc pas le « ménage US » qui achète ces bons…

  3. Je me répète mais le point de rupture est bien plus proche qu’on ne le croit. Achetez des 20 francs napoléons or jusqu’à 160 euros pièces et engrangez, engrangez. Cela sert tous nos intérêts, y compris les pires scénarii.

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