Les analyses prophétiques de Maurice Allais

Voilà un article dont nous espérons qu’il fera réfléchir ceux qui croient que Fortune est un site fanatiquement antilibéral…

« Tout ce qui est excessif est insignifiant. » (Talleyrand)

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« De quelques calamités sociales entraînées par la ‘chienlit laisser-fairiste’ et la crise financière mondiale actuelles, selon les analyses prophétiques de Maurice Allais »

Par Philippe Bourcier de Carbon, président de l’AIRAMA (Alliance Internationale pour la Reconnaissance des Apports de Maurice Allais en Physique et en Economie).

Cassandre

Maurice Allais est le seul économiste français qui soit titulaire du Prix Nobel de Sciences économiques ; il lui a été décerné en 1988 – sans partage cette année là – par le Comité Nobel pour « pour ses contributions à la théorie des marchés et à l’utilisation efficace des ressources ».

Cependant, cet esprit encyclopédique – par ses travaux fondateurs sur l’intérêt et le crédit ["Economie & Intérêt", Imprimerie nationale, Paris, 1947, réédition Ed. Clément Juglar, Paris, 1998] – est aujourd’hui également reconnu pour avoir révolutionné la théorie de la monnaie en publiant ses célèbres « Fondements de la Dynamique monétaire » [Ed. Clément Juglar, Paris, 2001. Cet ouvrage reprend les principales contributions de l’auteur depuis 1952].

Economiste de tradition libérale, il n’aura eu de cesse de pourfendre les systèmes communistes, en dénonçant à la fois leur inefficacité économique et leurs gaspillages, comme les failles de leurs aspects théoriques et pratiques.

Mais, s’il n’a cessé de démontrer par ses travaux que seule une économie de marchés (au pluriel) assure l’efficacité de l’allocation des ressources, c’est-à-dire celle de la production des richesses, il occupe cependant une place très singulière au sein de l’école des économistes libéraux par son constant souci d’analyser les effets de celle-ci sur la répartition des revenus et des richesses, en soulignant la nécessité absolue de préserver – en particulier par une fiscalité refondée ["L’Impôt sur le Capital et la Réforme Monétaire", Ed. Hermann, Paris, 1977, 1988 ; "Pour la Réforme de la Fiscalité", Ed. Clément Juglar, Paris, 1990] – la justice sociale, condition de la pérennité même des sociétés d’économie de marchés.

S’il a en effet toujours dénoncé les excès du keynésianisme de l’après-guerre, et le dirigisme économique qui s’en est suivi, il n’aura cessé en même temps d’affirmer la nécessité absolue de préserver l’indépendance de l’Etat face aux agents économiques, ainsi que son rôle prééminent, en sorte qu’il puisse réellement jouer son rôle d’indispensable arbitre impartial, capable d’imposer à ces agents les règles légales objectives sans lesquelles ne sauraient subsister des marchés libres économiquement efficaces.

Cette dualité fondamentale irréductible sous-tend toute la pensée et l’œuvre économiques de Maurice Allais, comme elle en constitue l’originalité profonde.

S’il a accueilli, en effet, avec espoir, l’arrivée au pouvoir de Margareth Thatcher au Royaume-Uni (1979-1990) et de Ronald Reagan aux Etats-Unis (1980-1988), avec celle des économistes néolibéraux qui les conseillaient, c’est dès la fin des années 80 qu’il a été conscient des dérives de ces derniers qui – sous-couvert d’un prétendu « libéralisme » – n’eurent de cesse d’entreprendre de démanteler le rôle tutélaire de l’Etat, gardien des règles de bon fonctionnement des marchés, en imposant partout et d’abord à la Communauté Européenne (devenue Union Européenne en 1993 après le traité de Maastricht de 1992), dans le cadre de l’essor d’une mondialisation de plus en plus dérégulée, un « libre échange » sauvage, qu’Allais stigmatisait par l’expression de « Chienlit laisser-fairiste », laquelle, ne profitant de plus en plus qu’aux groupes privés transnationaux, se traduisait – et d’abord en Europe – par la montée d’un chômage de masse et un ralentissement de la croissance économique ["La Mondialisation, la destruction des emplois et de la croissance : l’évidence empirique", Ed. Clément Juglar, Paris, 1999], conséquence de l’essor irrésistible de l’influence exercée par les Conseils d’Administration de ces groupes privés transnationaux, sur les appareils étatiques et les mondes médiatiques et politiques.

Aussi, dès la fin des années 90 – dans le but de tenter d’alerter les responsables politiques et l’opinion publique sur l’extrême nocivité, pour la prospérité et la paix sociale, de cette universelle hystérie anti-régulations fallacieusement qualifiée de « libéralisme », en exposant en particulier les mécanismes de l’inéluctable effondrement mondial du crédit dérégulé dans une nouvelle crise bancaire, financière et monétaire prochaine analogue à celle de 1929 –, s’est-il résolu à publier une série de livres destinés au grand public ["Pour la Réforme de la Fiscalité", Ed. Clément Juglar, Paris, 1990 ; "La Crise mondiale d’aujourd’hui : pour de profondes réformes des institutions financières et monétaires", Ed. Clément Juglar, Paris, 1999 ; "La Mondialisation, la destruction des emplois et de la croissance : l’évidence empirique", Ed. Clément Juglar, Paris, 1999 ; "L’Europe en crise. Que faire ? Réponses à quelques questions. Pour une autre Europe", Ed. Clément Juglar, Paris, 2005], qui n’auront eu pour effet que de déclencher contre lui, en France, cet étrange ostracisme médiatique dont il aura été la victime depuis 10 ans.

Cet usage frauduleux du label de « libéralisme » pour convaincre Etats et opinion publique de l’urgence de démanteler les règles légales les plus nécessaires au fonctionnement efficace des marchés, n’aura pas tardé à ouvrir la voie aux calamités économiques dont souffrent aujourd’hui les populations, et d’abord celles des Etats occidentaux : la destruction des emplois et de la croissance et l’essor irrésistible des inégalités qui détruisent le lien social ["La Mondialisation, la destruction des emplois et de la croissance : l’évidence empirique", Ed. Clément Juglar, Paris, 1999].

Maurice Allais les résume en effet ainsi dans son allocution solennelle devant l’UNESCO à Paris :

« Le chômage est un phénomène très complexe, qui trouve son origine dans différentes causes et dont l’analyse peut se ramener, pour l’essentiel, à celle de cinq facteurs fondamentaux :

1. le chômage chronique induit dans le cadre national, indépendamment du commerce extérieur, par des modalités de protection sociale ;

2. le chômage induit par le libre-échange mondialiste et un système monétaire international générateur de déséquilibres ;

3. le chômage induit par l’immigration extra communautaire ;

4. le chômage technologique ;

5. le chômage conjoncturel.

[N.B. : dans son ouvrage "La Mondialisation, la destruction des emplois et de la croissance : l’évidence empirique", Maurice Allais, à partir des chiffres français officiels, estime ainsi la distribution quantitative de ces cinq composantes du chômage et sous-emploi global pour la France en 1999 : (1)=25%, (2)=50%, (3)=17%, (4)=5%, (5)=3%.]

En fait, la cause majeure du chômage que l’on constate aujourd’hui est la libéralisation mondiale des échanges dans un monde caractérisé par de considérables disparités de salaires réels. Ces effets pervers en sont aggravés par le système des taux de change flottants, la déréglementation totale des mouvements de capitaux, et le « dumping monétaire » d’un grand nombre de pays par suite de la sous-évaluation de leurs monnaies.

Ce chômage n’a pu naturellement prendre place, qu’en raison de l’existence de minima de salaires et d’une insuffisante flexibilité du marché du travail. Mais, pour neutraliser les effets sur le chômage du libre-échange mondialiste et des facteurs qui lui sont associés, c’est à une diminution considérable des rémunérations globales des salariés les moins qualifiés qu’il faudrait consentir.

Les effets du libre échange mondialiste ne se sont pas bornés seulement à un développement massif du chômage. Ils se sont traduits également par un accroissement des inégalités, par une destruction progressive du tissu industriel et par un abaissement considérable de la progression des niveaux de vie.

Tous les facteurs économiques qui compromettent aujourd’hui la survie de notre société ne résultent que des politiques erronées poursuivies depuis vingt-cinq ans, dans un cadre communautaire institutionnel inapproprié, par les gouvernements successifs de toutes tendances qui se sont succédés. La politique commerciale de l’Union Européenne a peu à peu dérivé vers une politique mondialiste libre-échangiste, contradictoire avec l’idée même de la constitution d’une véritable Communauté Européenne.

Au regard des disparités considérables des salaires réels des différents pays, cette politique mondialiste, associée au système des taux de change flottants et à la déréglementation totale des mouvements de capitaux, n’a fait qu’engendrer partout instabilité et chômage.

Tout particulièrement, l’Organisation de Bruxelles n’a cessé de poursuivre une politique précipitée de libéralisation des échanges commerciaux avec les pays d’Europe centrale et orientale et, aujourd’hui encore, avec la Turquie, pays à bas salaires dont les niveaux de prix et les taux de change, relativement à l’Union Européenne, sont incompatibles avec une libéralisation des échanges.

On peut estimer que si cette politique n’avait pas été appliquée, les niveaux de vie en France seraient aujourd’hui d’au moins 40 % plus élevés, et la plupart des problèmes qui se posent, notamment ceux résultant de déficits difficilement éliminables dans les conditions actuelles, n’existeraient pas.

La politique de plus en plus mondialiste de l’Union Européenne a peut-être contribué, momentanément, au développement de certains pays, mais elle a eu pour effet d’exporter nos emplois et d’importer leur sous-emploi. Ce mouvement a été renforcé par l’influence grandissante de tous ceux qu’enrichit la mondialisation forcenée de l’économie, et des puissants moyens d’information qu’ils contrôlent.

En fait, la libéralisation totale des échanges et des mouvements de capitaux n’est possible et n’est souhaitable que dans le cadre d’ensembles régionaux, groupant des pays économiquement et politiquement associés, de développement économique et social comparable, tout en assurant un marché suffisamment large pour que la concurrence puisse s’y développer de façon efficace et bénéfique.

Chaque organisation régionale doit pouvoir mettre en place dans un cadre institutionnel, politique et éthique approprié une protection raisonnable vis-à-vis de l’extérieur. Cette protection doit avoir un double objectif :

- éviter les distorsions indues de concurrence et les effets pervers des perturbations extérieures;

- rendre impossibles des spécialisations indésirables et inutilement génératrices de déséquilibres et de chômage, tout à fait contraires à la réalisation d’une situation d’efficacité maximale à l’échelle mondiale, associée à une répartition internationale des revenus communément acceptable dans un cadre libéral et humaniste.

Dès que l’on transgresse ces principes, une mondialisation forcenée et anarchique devient un fléau destructeur, partout où elle se propage. Correctement formulées, les théories de l’efficacité maximale et des coût comparés constituent des instruments irremplaçables pour l’action, mais, mal comprises et mal appliquées, elles ne peuvent conduire qu’au désastre. »

["La Mondialisation, le chômage et les impératifs de l’humanisme", « Science et Humanisme », Un siècle de Prix Nobel, UNESCO, Paris, 1999]

Et Maurice Allais précise et résume ainsi ses conclusions :

« Suivant une opinion actuellement dominante, le chômage, dans les économies occidentales, résulterait essentiellement de salaires réels trop élevés et de leur insuffisante flexibilité, du progrès technologique accéléré qui se constate dans les secteurs de l’information et des transports, et d’une politique monétaire jugée indûment restrictive.

Pour toutes les grandes organisations internationales, le chômage qui se constate dans les pays développés, serait dû essentiellement à leur incapacité de s’adapter aux nouvelles conditions, qui seraient inéluctablement imposées par la mondialisation. Cette adaptation exigerait que les coûts salariaux y soient abaissés, et tout particulièrement les rémunérations des salariés les moins qualifiés.

Pour toutes ces organisations, le libre-échange ne peut être que créateur d’emplois et d’accroissement des niveaux de vie, la concurrence des pays à bas salaires ne saurait être retenue comme cause du développement du chômage et l’avenir de tous les pays est conditionné par le développement mondialiste d’un libre-échange généralisé.

En fait, ces affirmations n’ont cessé d’être infirmées aussi bien par l’analyse économique que par les données de l’observation. La réalité, c’est que la mondialisation est la cause majeure du chômage massif et des inégalités qui ne cessent de se développer dans la plupart des pays.

La prétendue réalisation, par le marché, d’une allocation optimale des ressources :

Toute la construction européenne et tous les traités relatifs à l’économie internationale, comme l’Accord Général sur les Tarifs douaniers et le Commerce de 1947 et comme la Convention du 14 décembre 1960 relative à l’Organisation de Coopération et de Développement Economique, ont été viciés à leur base par une proposition enseignée et admise sans discussion, dans toutes les universités américaines et à leur suite dans toutes les universités du monde entier : « Le fonctionnement libre et spontané du marché conduit à une allocation optimale des ressources ».

C’est là l’origine et le fondement de toute la doctrine libre-échangiste, dont l’application aveugle et sans réserve à l’échelle mondiale, n’a fait qu’engendrer partout désordres et misères de toutes sortes.

Or, cette proposition, admise sans discussion, est totalement erronée et elle ne fait que traduire une totale ignorance de la théorie économique, chez tous ceux qui l’ont enseignée en la présentant comme une acquisition fondamentale et définitivement établie de la science économique.

Cette proposition repose essentiellement sur la confusion de deux concepts entièrement différents : le concept d’efficacité maximale de l’économie et le concept d’une répartition optimale des revenus.

En fait, il n’y a pas une situation d’efficacité maximale, mais une infinité de telles situations. La théorie économique permet de définir sans ambiguïté les conditions d’une efficacité maximale, c’est-à-dire d’une situation sur la frontière entre les situations possibles et les situations impossibles.

Par contre et par elle-même, elle ne permet en aucune façon de définir, parmi toutes les situations d’efficacité maximale, celle qui doit être considérée comme préférable. Ce choix ne peut être effectué qu’en fonction de considérations éthiques et politiques, relatives à la répartition des revenus et à l’organisation de la société.

De plus, il n’est même pas démontré qu’à partir d’une situation initiale donnée, le fonctionnement libre des marchés puisse mener le monde à une situation d’efficacité maximale.

Jamais, des erreurs théoriques n’auront eu autant de conséquences aussi perverses. »

["La Mondialisation, le chômage et les impératifs de l’humanisme", « Science et Humanisme », Un siècle de Prix Nobel, UNESCO, Paris, 1999]

L’effondrement mondial du système bancaire et financier, dont le monde a été le témoin effaré au cours de l’été 2008, aura apporté une confirmation spectaculaire aux conclusions prophétiques ["La Crise mondiale d’aujourd’hui : pour de profondes réformes des institutions financières et monétaires", Ed. Clément Juglar, Paris, 1999] de son analyse du système actuel du crédit dérégulé, au sein de la mondialisation sauvage actuelle imposée par les grands acteurs financiers et politiques anglo-saxons, dont il démontrait l’implosion inéluctable.

Il concluait sa démonstration et son diagnostic, par l’énoncé des principes de refondation du système du crédit, sans lesquels de telles crises financières récurrentes, toutes de même nature et procédant toutes, depuis la grande Dépression de 1929-34, de l’absence des règles légales véritablement nécessaires, ne sauraient manquer tôt ou tard de se reproduire toujours plus violentes :

« Le système actuel du crédit, dont l’origine historique a été tout à fait contingente, apparaît comme tout à fait irrationnel, et cela pour huit raisons :

1. la création (ou la destruction) irresponsable de monnaie et de pouvoir d’achat, par les décisions des banques et des particuliers ;

2. le financement d’investissements à long terme, par des fonds empruntés à court terme ;

3. la confusion de l’épargne et de la monnaie ;

4. la très grande sensibilité du mécanisme du crédit actuel à la situation conjoncturelle ;

5. l’instabilité foncière qu’il engendre ;

6. l’altération des conditions d’une efficacité maximale de l’économie ;

7. l’altération de la distribution des revenus ;

8. et enfin, l’impossibilité de tout contrôle efficace du système du crédit par l’opinion publique et le Parlement, en raison de son extraordinaire complexité.

Au regard d’une expérience d’au moins deux siècles, quant aux désordres de toutes sortes et à la succession sans cesse constatée des périodes d’expansion et de récession, on doit considérer que les deux facteurs majeurs qui les ont considérablement amplifiées sinon suscitées, sont :

1. la création de monnaie et de pouvoir d’achat ex nihilo, par le mécanisme du crédit ;

2. le financement d’investissements à long terme, par des fonds empruntés à court terme.

Il pourrait cependant être aisément remédié à ces deux facteurs, par une réforme d’ensemble qui permettrait, sinon de mettre fin aux fluctuations conjoncturelles, tout au moins d’en réduire très considérablement l’ampleur.

Cette réforme doit s’appuyer sur ces deux principes tout à fait fondamentaux :

1. La création monétaire doit relever de l’Etat et de l’Etat seul. Toute création monétaire, autre que la monnaie de base, par la Banque Centrale indépendante des gouvernements, doit être rendue impossible, de manière que disparaissent les « faux droits » résultant actuellement de la création monétaire bancaire.

2. Tout financement d’investissement à un terme donné, doit être assuré par des emprunts à des termes plus longs, ou tout au moins de même terme. »

["La Crise mondiale d’aujourd’hui : pour de profondes réformes des institutions financières et monétaires", Ed. Clément Juglar, Paris, 1999]

Les principes de la réforme du système du Crédit que propose Maurice Allais, peuvent donc se résumer comme suit :

« Cette double condition implique une modification profonde des structures bancaires et financières, reposant sur la dissociation totale des activités bancaires telles qu’elles se constatent aujourd’hui, et leur attribution selon trois catégories d’établissements distincts et indépendants :

1. des banques de dépôt, assurant seulement, à l’exclusion de toute opération de prêt, les encaissements et les paiements, et la garde des dépôts de leurs clients, les frais correspondants étant facturés à ces derniers, et les comptes des clients ne pouvant comporter aucun découvert ;

2. des banques de prêt, empruntant à des termes donnés et prêtant les fonds empruntés à des termes plus courts, le montant global des prêts ne pouvant excéder le montant global des fonds empruntés ;

3. des banques d’affaires, empruntant directement auprès du public, ou aux banques de prêt, et investissant les fonds empruntés dans les entreprises.

Dans son principe, une telle réforme rendrait impossible la création monétaire et de pouvoir d’achat ex nihilo par le système bancaire, ainsi que l’emprunt à court terme pour financer des prêts de terme plus long. Elle ne permettrait que des prêts de maturité plus courte que celle correspondant aux fonds empruntés.

Les banques de prêt et les banques d’affaire serviraient d’intermédiaires entre les épargnants et les emprunteurs. Elles seraient soumises à une obligation impérative : emprunter à long terme pour prêter à plus court terme, à l’inverse de ce qui se passe aujourd’hui.

Une telle organisation du système bancaire et financier permettrait la réalisation simultanée de six conditions tout à fait fondamentales :

1. l’impossibilité de toute création monétaire et de pouvoir d’achat, en dehors de celle de la monnaie de base, par les autorités monétaires indépendantes des gouvernements ;

2. la suppression de tout déséquilibre potentiel résultant du financement d’investissements à long terme, à partir d’emprunts à court ou à moyen terme ;

3. l’expansion de la masse monétaire globale, constituée uniquement par la monnaie de base, au taux souhaité par les autorités monétaires indépendantes des gouvernements ;

4. une réduction majeure, sinon totale, de l’amplitude des fluctuations conjoncturelles ;

5. l’attribution à l’Etat, c’est-à-dire à la collectivité, des gains provenant de la création monétaire, et l’allégement en conséquence des impôts actuels ;

6. un contrôle aisé, par l’opinion publique et par le Parlement, de la création monétaire et de ses implications.

Cette réforme apparaît comme une condition nécessaire de survie, d’une économie décentralisée et de son efficacité. »

["La Crise mondiale d’aujourd’hui : pour de profondes réformes des institutions financières et monétaires", Ed. Clément Juglar, Paris, 1999]

Mais c’est précisément la publication, en 1999, de ces propositions de nature à mettre en cause de gigantesques intérêts privés, comme ses condamnations étayées par la réalité des chiffres de la « Chienlit laisser-fairiste » de son ouvrage de 1999, « La Mondialisation, la destruction des emplois et de la croissance : l’évidence empirique », qui déclenchèrent le surprenant ostracisme médiatique dont Maurice allais aura été la victime en France depuis dix ans.

Cependant, sous la pression des faits, cet ostracisme médiatique est désormais en passe de se fissurer enfin, car depuis la crise financière mondiale de 2008, le chômage a explosé aux Etats-Unis, où il surpasse désormais 10% des actifs et continue à croître, tandis qu’il a augmenté encore brutalement en France, de près de 30% au cours des derniers 18 mois selon l’INSEE.

Espérons, pour le Bien commun, que son appel à la restauration des véritables principes du libéralisme économique qui condamnent la « Chienlit laisser-fairiste », finisse enfin par être largement connu et entendu.

Polémia

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Commentaires (8)

  1. Je n’ai jamais connu Monsieur ALLAIS ni m’étais intéressé à ses travaux. Mais l’universalité de sa pensée économique me paraît d’évidence, biblique.

    Pourquoi les économistes de tous bords se chamaillent-ils et se jettent-ils à la figure des considérations d’ordre historico-politique, alors que la comptabilité est neutre par nature et doit se comporter comme un vulgaire thermomètre rectal ?
    On s’en fout que Fortune, Tartempion, ou n’importe qui, soit ou non libéral, communiste, UMP, FN ou autre : on perd du temps. Ce qu’il faut, c’est que le thermomètre reste un thermomètre. Et que ce qu’on lit sur Internet soit digne et honorable (valeurs qui ne sont pas l’apanage des religions, des dogmes, des philosophies, des doctrines ou de n’importe quoi, mais qui relèvent uniquement de notre état d’êtres humains).

    Puisque les banquiers (je ne parle pas de leurs personnels, mais des personnes physiques ou morales détenant le capital social de ces personnes morales) se comportent comme des bandits, la société doit pouvoir les sanctionner. Il existe une législation française sur les entreprises en difficulté et plus généralement, la liquidation judiciaire dite vulgairement faillite ou banqueroute. Et si dans l’avenir, cet arsenal judiciaire n’est pas appliqué ou si le pouvoir législatif n’en bricole pas un autre, c’est l’aveu qu’il est à la solde de ces bandits.
    Il faudra alors que le peuple élise d’autres parlementaires.

    Revenons à Monsieur ALLAIS :

    Banques n° 1 :
    Un de vos lecteurs a récemment privé d’utilité les banques de dépôt, en prétendant qu’une bonne utilisation de l’outil informatique suffirait à assurer les liens financiers entre nous tous (sans oublier l’usage roboratif de la monnaie en papier et en ferraille ni celui des détecteurs de fausse-monnaie). Il n’y aurait donc plus besoin de banques de dépôt, dont le rôle pourrait être attribué à la seule banque de l’état, dans un département informatique ad hoc.

    Banques n° 2 :
    Si nous avons des liquidités, libre à nous de les confier aux banques n° 2 ; mais en les surveillant, pour qu’elles ne prêtent pas plus de fonds que nous leur en avons déposés (sauf à elles à emprunter des fonds complémentaires aux banques n° 3, si elles le souhaitent, mais toujours en respectant les restrictions de durée de prêts : l’emprunt amont étant plus long que le prêt aval).

    Banques n° 3 : Pas d’objection. Chacun supportant ses risques.

    J’écris bien : chacun supportant ses risques. Car après ce qui s’est passé pour le crédit lyonnais, cela me donne la nausée de penser que nous allons devoir recracher au bassinet. Y’en a marre des nationalisations honteuses.

  2. « Fortune est un site fanatiquement antilibéral… »

    Il conviendrait tout dabord de se mêtre daccord sur ce que signifie le terme libéral.

    A l’origine la doctrine libérale, c’est la liberté d’entreprendre, de penser et de commercer…Et je pense qu’on est quasiement tous ok pour dire que c’est une bonne chose.

    Le hic c’est que les utopies libertaires louables ont cédé leurs places à un système totalitaire et mondialiste au profit de l’hyperclasse et de l’oligarchie au pouvoir.

    Système qui n’a plus rien à voir avec le libéralisme originel.

  3. Ce que je voudrais comprendre, après avoir lu avec intérêt la proposition de Maurice Allais, c’est :
    sans ce système (irrationnel?) de création de monnaie, aurait on pu prendre autant de risques technologiques et investir à la fois autant dans la recherche et le développement, s’assurer une suprématie sur tous les plans et donc dominer le monde de manière totale et absolument inconnue, inédite dans l’histoire de l’humanité ?
    A le lire, je comprends que non, il eut mieux valu ne surtout pas vouloir qu’une civilisation en domine une autre, mais qu’on compose les unes avec les autres en fonction de nos « qualités »
    Or, la nature humaine a horreur du vide, cela signifie que cette vertu de laisser l’homme face au vide sans vouloir emplir ce vide de fait partie de lui même, donc ce que propose Mauraice allais est contre nature.
    Je pense que nous n pouvons pas empêcher l’humanité de tester toute sorte d’idéologie, dont le but totu de même est la bonheur.
    Le nombre d’être humains mourrant de faim diminue année après année, il y a seulement des epiphénomènes qui mobilisent les ONG.
    Maurice Allais donc me convainc essentiellement sur la nécessité de garantir un équilibre entre la protection par la nation du marché et la nécessité de libérer les forces créatrices humaines.
    En ce sens, je ne comprends pas bien pourquoi par exemple EDF GDF devraient s’ouvrir à la concurrence…enfin bon.

  4. Il semblerait que le problème soit bien identifié depuis longtemps mais que des forces opposées puissantes souhaitent continuer et développer ce monstrueux parasitisme du corps social.
    Sans être souscoupistes je pense aux illuminatti, grands banquiers internationaux, immenses fortunes mondiales chef marionnettiste du CFR, Bilderberg groupe et autres saletés d’un gouvernement (par l’argent ?) de l’ombre non élu. Les principaux intéressés ne font d’ailleurs pas mystère de leur appartenance à ces groupes .
    Le dernier exemple en l’élection du président Van Rompuy après sélection au Bilderberg groupe entre trois autres impétrants eux aussi du Bilderberg groupe.
    Est-ce la fin annoncée de la démocratie ?

    « Nous sommes reconnaissants au Washington Post, au New York Times, Time Magazine et d’autres grandes publications dont les directeurs ont assisté à nos réunions et respecté leurs promesses de discrétion depuis presque 40 ans. Il nous aurait été impossible de développer nos plans pour le monde si nous avions été assujettis à l’exposition publique durant toutes ces années. Mais le monde est maintenant plus sophistiqué et préparé à entrer dans un gouvernement mondial. La souveraineté supranationale d’une élite intellectuelle et de banquiers mondiaux est assurément préférable à l’autodétermination nationale pratiquée dans les siècles passés. »
    David Rockefeller, Baden-Baden, Allemagne, 1991

    Quelques réflexions pertinentes qui pourraient illustrer le propos :
    Création monétaire bancaire et fausse monnaie par Maurice Allais Prix Nobel de sciences économiques 1988, La Crise mondiale aujourd’hui (éd. Clément Juglar 1999)
     » Par essence, la création monétaire ex nihilo que pratiquent les banques est semblable, je n’hésite pas à le dire pour que les gens comprennent bien ce qui est en jeu ici, à la fabrication de monnaie par des faux-monnayeurs, si justement réprimée par la loi.”

    Le système bancaire moderne crée de la monnaie à partir de rien. Le procédé est probablement le tour de passe-passe le plus incroyable qui ait jamais été inventé..
    Si vous voulez devenir les esclaves des banquiers, et payer de surcroit le coût de votre esclavage, laissez les banques créer de la monnaie.
    Lord Josiah Stemp Directeur de la Banque d’Angleterre, 1937

    J’ai ruiné mon pays en créant la FED
    “Je suis l’homme le plus malheureux du monde. J’ai involontairement ruiné mon pays”.Une grande nation Industrielle est contrôlée par son système de crédit. Notre système de crédit est concentré. La croissance d’une nation, en conséquence, et de toutes nos activités sont entre les mains d’un petit nombre de personnes.
    Nous en sommes arrivés à être l’un des pays les moins bien gouvernés et les plus complètement contrôlés et dominés par le gouvernement de notre monde civilisé, nous n’avons plus un gouvernement d’opinion libre, plus un gouvernement de conviction et de vote à la majorité mais un gouvernement conduit par l’opinion et la coercition d’un petit nombre.
    Président Woodrow Wilson, In reference to the Federal Reserve Act of 1913 (23 Décembre).
    Donnez moi le contrôle sur la monnaie d’une nation, et je n’aurai pas à me soucier de ceux qui font ses lois
    Mayer Amshel Rothschild (1743-1812)

    « Celui qui contrôle le volume de la monnaie dans notre pays est le maître absolu de toute l’industrie et tout le commerce… et quand vous réalisez que le système entier est très facilement contrôlé, d’une manière ou d’une autre, par une très petite élite de puissants, vous n’aurez pas besoin qu’on vous explique comment les périodes d’inflation et de déflation apparaissent. »
    James A. Garfield Président des Etats Unis (mort assassiné)

    Le papier monnaie aura toujours pour effet de ruiner le commerce, d’opprimer les honnetes gens et d’ouvrir la porte à toutes les fraudes et injustices.
    Georges Washington

    «Nous tenons pour nécessaire que les échanges internationaux s’établissent, comme c’était le cas avant les grands malheurs du monde, sur une base monétaire indiscutable et qui ne porte la marque d’aucun pays en particulier. Quelle base ? En vérité, on ne voit pas qu’à cet égard il puisse y avoir d’autre critère qu’un étalon autre que l’or. Eh ! oui, l’or, qui ne change pas de nature, qui se met, indifféremment, en barres, en lingots ou en pièces, qui n’a pas de nationalité, qui est tenu, éternellement et universellement, comme la valeur inaltérable et fiduciaire par excellence. »
    Charles de Gaulle

  5. Bonjour,

    En premier lieu une légère erreur: Debreu, Ingénieur des Mines de Paris, d’origine française puis émigré aux USA faute de soutient, a aussi été prix nobel d’économie pour sa mathématisation des conditions d’équilibre du libre marché. Le résultat ? L’équilibre n’est possible que sous des conditions drastiques des courbes d’offre et de demande.. En français: pas viable !

    Allais a eu des mots très durs sur les immigrés. Mise en camp par exemple. Dommage. La modélisation économétrique de son dernier ouvrage est aussi sujette à caution.

    MAIS.

    MAIS, il a eu deux ou trois saillies d’évidence et universelles, qu’il faut absolument souligner aux étudiants de première année:

    a) La théorie de Ricardo suppose la fixité du capital (vous vous souvenez: le vin et les draps …). Ce n’est plus le cas. La théorie du libre échange est à refaire …

    b) Il n’y a pas UN point d’optimum mais PLUSIEURS (une fraction de courbe). Donc il y a un CHOIX politique à faire.

    c) Ne peuvent être mises en concurrence pacifique que des structures sociales similaires. Sinon c’est la violence colonisatrice passée, ou la violence économique actuelle en europe occidentale.

    d) Un billet de banque, ou une pièce, DOIVENT représenter un actif réel dans une proportion raisonnable.

    Il est stupéfiant de constater, trente années après mes études, que le discours d’Allais, comme celui de Debreu, sont devenus révolutionnaires !!

    Il est sidérant d’observer que l’on présente comme une donnée deux sphères, l’une financière l’autre réelle, sans que l’on se soucie de l’origine de la valeur des choses !!

    L’époque actuelle m’a toutefois permis de trancher le débat qui agitait, souvent avec vigueur, nos cours: qui a raison ? Les classiques, Marx, Keynes ou les néolibéraux (Thatcher, Reagan, etc..)?

    Résultat des courses: ont raison les économistes classiques. C’est à dire les partisans de la valeur travail.

    Comme tout le monde, ALLAIS a été victime des mots. Il n’a pas vu que le sens de certains changeait.

    Il restera, pour moi, le dernier économiste de référence à intégrer dans son analyse une idée toute simple, une vieille formule de Lacordaire (Attribuée par Chavez par erreur à Rousseau) : Entre le faible et le fort, c’est la loi qui libère et la liberté qui opprime.

    Bravo MONSIEUR ALLAIS !!!!

    Respects.

    [En ce qui concerne l'oubli de Gérard Debreu, prix Nobel d'économie français en 1983, l'auteur de l'article, M. Bourcier de Carbon semble en effet s'être laissé emporter par son enthousiasme pour Maurice Allais... http://fr.wikipedia.org/wiki/G%C3%A9rard_Debreu .

    Néanmoins, Gérard Debreu était naturalisé américain lors de l'obtention de son prix. Donc, au sens strict, l'article dit vrai.

    H€nri]

  6. « Le dernier exemple en l’élection du président Van Rompuy après sélection au Bilderberg  »

    Il n’a pas été élu mais nommé par l’oligarchie…

    Dorénavant ils ne s’embarrassent même plus d’un semblant de protocole.

  7. Pauvre M. Allais… Nul n’est prophète en son pays. Dommage ses théories me paraissent simples et solides.

    @corso
    Pourquoi ce qualificatif de « traitre »?

  8. Qui peut me dire où on peut trouver le livre « La Crise mondiale d’aujourd’hui : pour de profondes réformes des institutions financières et monétaires », Ed. Clément Juglar, Paris, 1999 ???

    Il n’est disponible nul part chez les libraires en ligne…

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